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L’HISTOIRE L’HISTOIRE A l’occasion de la sortie de son nouveau livre « Nos Rois de France », l’animateur et écrivain, versaillais de cœur, revient pour nous sur sa vie, sa carrière, et ses passions, sans l’ombre d’un doute... Par Thomas Macri Il neige en cette matinée de décembre... Il est...

Jean-Baptiste Giraud1 janvier 2023 à 00:000 vues

L’HISTOIRE L’HISTOIRE A l’occasion de la sortie de son nouveau livre « Nos Rois de France », l’animateur et écrivain, versaillais de cœur, revient pour nous sur sa vie, sa carrière, et ses passions, sans l’ombre d’un doute... Par Thomas Macri Il neige en cette matinée de décembre... Il est quasiment 11 heures lorsque j’arrive dans le nord-ouest parisien, plus précisément sur le parvis de la Défense. Ayant rendez-vous au rez-de-chaussée de la Grande Arche, j’attends patiemment dans un immense hall désertique qu’un assistant vienne me chercher afin de me conduire à mon invité. Sur les murs, d’immenses affiches aux teintes bleues promeuvent la Cité de l’Histoire, évoquant alors une immersion inédite dans l’histoire... Je ne sais pas vraiment de quoi il s’agit, je continue donc d’attendre, jusqu’au moment où l’une des portes en face de moi s’ouvre, faisant apparaître la silhouette d’un homme vêtu d’un joli costume gris anthracite. « Bonjour Thomas ». Surpris de le voir apparaître devant moi, je lui réponds d’un naturel « Bonjour Franck Ferrand ». Immédiatement, il me présente les lieux, décoré par le grand Jacques Garcia. À ma question générale sur le contenu de cette Cité de l’histoire, il me répond qu’il s’agit d’un ensemble d’animations immersives permettant au public de se plonger dans le passé. Rien que cela... Les travaux sur le site n’étant pas achevés, il me propose gentiment de me faire visiter en exclusivité ce qui sera la prochaine grande attraction de la capitale. Une occasion comme celle-là ne se refuse pas, et muni d’un casque de chantier, je me retrouve pendant 45 minutes en compagnie de Franck Ferrand, passant de décor en décor et d’époque en époque, sur des centaines de mètres carrés, en l’écoutant me présenter les lieux de sa voix inimitable. Une fois le tour terminé, direction les bureaux où nous attendent des fauteuils confortables pour l’interview. Chevalier des Arts et des Lettres, et chevalier de l’ordre national du Mérite, mais également écrivain, animateur TV et radio, ainsi qu’homme de scène, Franck Ferrand partage pour nous des bouts de vie, de carrière, ayant fait de lui l’homme qu’il est devenu, le tout sans langue de bois, mais avec bienveillance... Franck Ferrand est donc assis en face de moi. J’allume mon enregistreur. PLAY Thomas Macri : Vous avez plus d’une dizaine d’ouvrages a votre actif, mais aussi la télévision, la radio, et même la scène avec notamment un spectacle d’improvisations historiques depuis 2016. Rien ne vous échappe, Franck Ferrand... Votre passion pour l’histoire au travers des siècles et de toutes les époques, est indiscutable. Comment cette passion vous est-elle venue ? Franck Ferrand : C’est une institutrice, Mme Giraudeau, qui est à l’origine de tout cela. Je lui ai souvent rendu hommage parce que c’est sa capacité à nous transporter, par la parole, dans le passé qui est à l’origine de ce que l’on doit pouvoir appeler une vocation. De toutes les cordes que vous citez, il en est une de plus à mon arc désormais, puisque nous sommes en train de créer à Paris, dans le quartier de la Défense, une Cité de l’Histoire qui ouvrira bientôt ses portes ; cela devrait nous ouvrir de nouveaux horizons, l’histoire y étant abordée d’une façon différente, par la force de l’immersion. TM : Avec des études à l’Institut d’études politiques de Paris et à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), où vous obtenez d’ailleurs un diplôme d’études approfondies (DEA) d’histoire avec la rédaction d’un mémoire sur la cour de Louis XV, comment votre entrée à la radio et la télévision s’est-elle produite ? FF : Mon parcours est pour le moins atypique, et je n’ai emprunté ni les voies royales, ni les sentiers battus. Les circonstances ont grandement décidé de tout cela. J’ai commencé dans ce métier de « passeur d’histoire » en travaillant pour le ministère de la Défense, où j’interviewais les anciens chefs d’état-major, ainsi que d’anciens combattants. Il s’agissait de fournir des archives aux armées, notamment à l’armée de l’Air. A partir de là, j’ai décidé de proposer le même type de service à la société civile, en créant une société de rédaction qui proposait aux particuliers de rédiger leurs mémoires. C’est dans ce cadre que j’ai rencontré Pierre Bellemare, qui m’a fait découvrir le monde de la radio. Mais dans un premier temps, je me suis consacré à l’écriture de nombreux livres (pour moi et pour d’autres…). Au bout de ce parcours que d’aucuns pourraient juger erratique, j’ai pris conscience de mon aptitude singulière à raconter des histoires. Celui qui m’a donné l’idée de proposer mes services à la radio, c’est Alain Decaux, mon parrain dans le métier. Il m’a conseillé de faire de la télévision – média que je n’aimais pas. Il me dit à ce moment-là « Mais faites au moins de la radio ! ». J’ai ainsi proposé mes services à Europe 1, à une époque où les radios étaient suffisamment ouvertes, assez en quête de nouvelles voix, pour m’offrir ma chance. Voilà comment a commencé mon émission, au début des années 2000 – émission qui, en 2011, est redevenue quotidienne, sous le titre d’Au cœur de l’histoire. C’est cela qui m’a fait connaître, et en même temps, je présentais à la télévision une émission qui s’appelait L’ombre d’un doute. Ce sont mes débuts dans ce que nous pourrions appeler « l’histoire grand public ». TM : Comment le monde de l’édition est-il arrivé sur votre chemin ? FF : Pierre Bellemare m’avait associé à son entreprise de rédaction. J’étais l’un des auteurs de son équipe pour une émission de radio, Les aventuriers du XXe siècle, et l’adaptation des textes sous forme de livres m’avait montré que l’édition pouvait « nourrir son homme ». Ce que je n’avais pas compris, c’est que c’était le nom de Pierre Bellemare qui me nourrissait, car lorsque j’ai commencé à écrire mes propres ouvrages, ils se sont moins bien vendus ! Période formatrice, d’une certaine manière. J’ai vraiment eu le sentiment de me réaliser dans l’écriture et, pendant dix ans, l’essentiel de mon activité fut d’écrire. Moi qui suis un solitaire, qui n’aime pas tellement le tumulte du monde, cela me convenait très bien ; d’autant mieux que j’écrivais à mon rythme. J’ai eu la chance de toujours travailler pour des commandes, sans connaître l’angoisse qui consiste à écrire des textes dont on ne sait pas qu’elle sera la destination. TM : Votre venue au dernier salon du livre Histoire de Lire à Versailles le 19 novembre 2022, pour votre dernier livre, Nos Rois de France, paru le 10 novembre 2022 aux Editions Perrin, écrit en collaboration avec Anne-Louise Sautreuil et Pierre-Louis Lensel, était assez attendue. Que pensez-vous de notre belle ville ? FF : Je suis né à Poitiers, d’une famille normande d’un côté, charentaise de l’autre ; mais Versailles est un peu ma deuxième patrie, – patrie d’élection où j’ai d’ailleurs vécu pendant quelques années, quasiment à l’ombre des frondaisons du parc, rue de Satory. Je me suis épanoui à Versailles, et cette période de ma vie compte 5 DOSSIER+ Ve r s a i l l e s + N°153 - Janvier 2023 Ve r s a i l l e s + N°153 - Janvier 2023 sans doute au nombre des plus heureuses. Si je suis revenu à Paris, ce n’est pas du tout par goût de la capitale, c’est parce que je n’avais pas le choix. En faisant une émission de radio quotidienne, il est un peu difficile d’habiter hors de Paris. Mais si je le pouvais, je me réinstallerais volontiers près du château des rois – d’autant plus que j’y ai des amis chers. Versailles, pour moi, c’est un peu la ville idéale. TM : Dans ce livre, vous parlez des Rois de France dont le règne à le plus marqué notre pays. Depuis Philippe-Auguste jusqu’à Louis XVI, vous racontez la vie et l’œuvre de quinze de ces souverains qui incarnent notre passé. Accompagné de centaine d’illustrations, cet ouvrage est magnifiquement présenté. Pouvez- vous nous le décrire un peu plus en détails ? FF : Cet ouvrage est d’abord un « objet-livre ». Il a été conçu comme tel et il faut rendre hommage à Emmanuel Hecht qui en a assuré la direction éditoriale, et à Marguerite de Marcillac à qui nous devons l’iconographie et la mise en page. Il est né de la radio, puisqu’il s’agit d’adaptations, entièrement réécrites, d’émissions que nous avions présentées à l’antenne de Radio Classique, coéditeur. La seule exception, c’est le chapitre sur Louis XIV, un peu plus personnel. Avec Anne-Louise (Sautreuil) et Pierre-Louis (Lensel), qui sont des auteurs fidèles, de longue date, et avec lesquels j’ai grand plaisir à travailler, nous nous sommes amusés à présenter des aspects variés et à jouer sur les focales et les angles. Pour chaque roi, nous avons trouvé une approche singulière et qui, je crois, évite le côté forcément répétitif que pourrait avoir une galerie de portraits. Voici donc un bouquet de portraits difractés, présenté par cette fleuriste-en-chef qu’est Marguerite de Marcillac. TM : Comment la sélection de ces quinze Rois s’est-elle faite ? FF : Nous avons choisi des monarques dont l’histoire nous a paru savoureuse. Il est peut-être moins intéressant, même si cela est discutable, de parler de Philippe V ou de Charles IV, de François II ou de Charles IX, que de Charles VII, Louis XI, François Ier, ou Louis XIV. Nous avons malgré tout un léger regret : il aurait fallu qu’il y ait un chapitre sur Henri II, mais cela pourrait nous donner un jour l’idée d’un second tome... TM : Avec un côté plus intimiste, distinguant la vie des souverains de leurs règnes et de leurs rôles de chefs d’Etat, ce livre est truffé de petits récits, telle une porte d’entrée dans notre histoire, que l’on aurait envie d’ouvrir. Lequel de ces souverains vous à sembler le plus agréable à raconter ? FF : J’ai toujours éprouvé un grand intérêt pour le Roi Louis XV. Pour la radio au départ, je me suis amusé à imaginer, un peu comme vous êtes en train de le faire, une rencontre, une interview du Roi Louis XV, à une époque où cela, bien sûr, n’existait pas. Je me suis imaginé, arrivant avec mon micro, dans l’appartement de la comtesse de Toulouse à Versailles ! C’est l’émission dont j’ai eu le plus de plaisir à présenter sur les quinze dont nous parlons, et c’est sans doute le chapitre, s’il fallait n’en retenir qu’un seul pour ce qui est de ma contribution, que je mettrais en avant. Mais les autres rois n’en sont pas moins passionnants ; chacun a son histoire propre, sa problématique bien à lui. Je pense que ce qu’il y a de captivant dans une galerie de portraits royaux comme celle-ci, c’est qu’elle se situe pas essence à mi-chemin de la petite histoire personnelle incarnée, ou l’on voit des travers humains anecdotiques influer sur le destin des peuples et des pays, et de la grande histoire puisque chacun de nos protagonistes est amené à prendre des décisions qui auront des conséquences majeurs. Donc nous sommes constamment dans ce jeu d’équilibre qui me passionne entre ce qu’il y a de plus transcendant dans l’histoire, et ce qu’on doit pouvoir y trouver d’anecdotiques. TM : Dans le chapitre dédié à Louis XIV, vous y dévoilez un portrait peint, très intime et quasiment méconnu du grand public : le Roi sans aucun ornement d’apparat, vêtu d’une simple étole d’intérieur. Pouvez-vous nous décrire ce portrait assez unique en son genre ? FF : C’est un portrait que j’ai découvert par Franck Ferrand : à l’ombre de l’Histoire 6 DOSSIER+ hasard dans une maison de vente où je me promenais. Ce portrait m’a littéralement sauté au visage : il présente du Grand Roi une image assez inattendue, puisque les défauts même de sa physionomie sont reportés sur la toile, jusqu’à la verrue qu’il portait en haut du nez, au coin de l’œil gauche, et que nous retrouvons peintes de façon assez émouvante. Il est probable, même s’il est difficile de reconstituer l’histoire de cette toile, que le portrait ait eu une destination très intime ; peut-être était-il destiné à Mme de Maintenon. Il s’est agi en tous cas d’immortaliser le Roi tel qu’il était physiquement et humainement, pas tel qu’il devait apparaître en tant que monarque. Cela m’a semblé un moyen efficace d’évoquer Louis XIV, sans avoir à redire tout ce que tout le monde sait déjà, puisque son règne étant le mieux connu de l’histoire de France. TM : Votre émission, L’ombre d’un doute, diffusée sur France Télévisions de 2011 à 2015, et souvent rediffusée depuis, notamment sur la chaine Histoire TV, fut un succès d’audiences. Un épisode entier en est d’ailleurs consacré à Versailles. Comment prépariez-vous cette émission ? FF : Nous faisons toujours l’émission que nous aimerions regarder, comme nous écrivons toujours le livre que nous aimerions trouver tout écrit. Je m’étais dit que les interstices, les angles morts, les parties méconnues de l’histoire n’étaient pas suffisamment traitées à la télévision, où l’on a souvent tendance à raconter les mêmes histoires. Ce qui m’intéressait, c’était de mettre l’accent sur les parts d’ombres des personnages et des actions du passé, mais aussi sur un certain nombre de thèses dissidente, défendues par des chercheurs en bute à l’hostilité de confrères plus orthodoxes. C’est dans cette hétérodoxie et cette pénombre un peu clandestine que nous avons situé l’action de L’ombre d’un Doute. La plupart des numéros s’intéressent à des mystères, à des énigmes de l’histoire, en marge de la vulgate. La grande satisfaction que nous avons eue, c’est qu’en dépit de ce regard décalé, l’émission a été un grand succès public : nous avons passionné les gens sans leur raconter de choses trop faciles. TM : La cour de Versailles y fut très souvent présente, avec des sujets tels que le roi Louis XV, la « guerre des dames » à la cour du Roi-Soleil, la mort de Louis XVII, le faste du château de Versailles, la condamnation de Marie-Antoinette, ou bien encore l’affaire des Poisons sous Louis XIV avec la Voisin. N’ayant sans doute plus beaucoup de secrets en réserve sur le sujet, quel sujet aimeriez- vous traiter – au travers d’un livre ou d’une émission – concernant cette cour aux mille histoires ? FF : Ce que j’aimerais faire un jour, c’est une histoire architecturale du château de Versailles. Pas l’histoire de la cour, ni celle des personnages qui y vivaient, même pas l’histoire des anonymes, comme l’a si bien écrite Newton. Je pense que ce que nous connaissons le moins de Versailles c’est l’histoire de ce château en tant que tel. Le mouvement des pièces autour des cours, le déplacement des cloisons, l’exhaussement ou le rabaissement d’un certain nombre de plafonds, la modification permanente des jardins avec l’installation de pavillons dont certains n’existent même plus à l’état de trace... Cela m’a toujours passionné. Mon livre de chevet, lorsque j’étais adolescent, était Le château de Versailles de Pierre Verlet, pour moi un livre-talisman. Il y a un monsieur que j’admire et qui s’appelle Jean- Claude Le Guillou, immense connaisseur de cette histoire très particulière. Dans la revue Versalia, publiée par la Société des Amis de Versailles depuis de nombreuses années, Jean- Claude Le Guillou propose chaque année une grande monographie sur l’un des appartements de Versailles, qu’il étudie jusqu’aux boutons de portes. Cela me fascine. Avec les moyens technologiques dont nous disposons, je pense qu’il y aurait un beau programme à réaliser sur l’histoire architecturale du château de Versailles. TM : Au mois de novembre 2005, aux Editions Perrin, vous écrivez un livre sur Gérald Van der Kemp, l’un des plus célèbres conservateurs de Versailles et de Trianon, de 1953 à 1980 : Gerald Van der Kemp – Un gentilhomme à Versailles. Il était important pour vous de rendre hommage à ce passionné, doublé d’un homme d’action ? FF : Une des chances de mon existence – j’en ai eu beaucoup pour ce qui est des rencontres – fut de connaitre Gerald Van de Kemp dans les dernières années de sa vie ; j’allais le voir à Giverny, dans l‘atelier de Claude Monet qu’il habitait avec son épouse, Florence. J’ai eu le privilège de les fréquenter tous deux. « VDK » fut un conservateur comme nous ne pourrions plus l’imaginer aujourd’hui, une star en vérité, qui se promenait dans le château avec sa grande cape et sa canne à pommeau. C’était une autre époque, mais au-delà de ce côté un peu coruscant, c’était un monsieur qui avait une approche sensible de la muséographie. Il disait que Versailles était une maison et non un musée, et qu’il fallait que cela vive et que cela respire comme une maison. C’est une chance pour moi de l’avoir connu grâce à mon amie Silvita Gallienne, et d’avoir pu recueillir ses dernières confidences sur Versailles. Elles m’ont d’ailleurs inspiré pour un livre : Ils ont sauvé Versailles, paru aux Editions Perrin en 2003 et réédité en format de poche, sous le titre Versailles après les rois. TM : Avec plus de 7 millions de visiteurs par an, le château de Versailles fait partie des sites historiques les plus fréquentés du monde. La monarchie française et la cour de Versailles en particulier, avec ses histoires, ses légendes, et son faste, fascinent encore, 230 ans après la chute. Mais également la monarchie britannique, avec la série à succès The Crown diffusé sur la plateforme Netflix, ou les événements royaux réalisant toujours un record d’audiences à la télévision – encore au mois de septembre 2022, lors des obsèques de la reine Elizabeth II, suivies de près ou de loin par quelque quatre milliards de téléspectateurs à travers le monde. À cette occasion, les Français sont restés plus de huit jours devant leurs écrans. Comment expliquez-vous ce phénomène : nostalgie de nos racines et de nos traditions, fascination pour les fastes royaux ? FF : Les obsèques de la Reine Elizabeth II s’inscrivent dans une tradition, et ce qui a fasciné beaucoup de français, je crois, c’est 7 DOSSIER+ Ve r s a i l l e s + N°153 - Janvier 2023 Ve r s a i l l e s + N°153 - Janvier 2023 l’extrême respect du peuple britannique des coutumes que, de notre côté, nous avons depuis longtemps liquidées. La vie n’est pas faite que de traditions, bien sûr – il faut de l’innovation, du mouvement – mais l’importance est grande, de préserver ce que nous avons hérité du passé. Il faut savoir le transmettre cela, le faire vivre, et de ce point de vue, les Anglais viennent encore de nous administrer une leçon magistrale. Je crois beaucoup à cette notion de transmission il me semble que ce que nous essayons de faire, à la radio, à la télévision notamment, et dans l’édition depuis de si nombreuses années, contribue un peu à compenser nos failles en ce domaine. TM : Quel serait, selon vous le plus royal de nos présidents ? FF : La coutume veut que notre président le plus royal ait été Felix Faure, que l’on appelait « le président soleil », tant il paraissait s’être coulé sans peine dans les habits de Louis XIV. Il est vrai qu’il avait sans doute la majesté, la componction nécessaires à la fonction. On oublie d’ailleurs que les présidents de la IIIe République jouaient un rôle assez important. Le recul de leur fonction, sous la IVe République avec Vincent Auriol et René Coty a fait que nous avons fini par croire que tous les présidents de la République, jusqu’à Charles de Gaulle, avaient été effacés. Ce n’était pas le cas. Dans l’histoire plus récente de la V e République, le monarque archétypal est bien évidement le général de Gaulle, figure d’une dimension considérable, comparable probablement à Jeanne d’Arc ou Napoléon. Il est probable que ceux qui lui ont succédé ont un peu eu du mal à endosser la tenue… Depuis le début du XXIe siècle, en tout cas, les présidents ont abandonné la dimension monarchique de leurs fonctions ; leur attitude n’a vraiment plus rien de royal. TM : Du lundi au vendredi, à 9h et 14h, nous pouvons vous retrouver dans l’émission « Franck Ferrand raconte... » sur Radio Classique – un programme écouté et téléchargé par des millions d’auditeurs chaque mois. Comme le nom l’indique, vous y racontez l’histoire sous toutes ses formes, allant de Shakespeare à Marcel Proust, en passant par Louis XIV, le Saint-Suaire de Turin ou même « la première cyberattaque de l’histoire ». Comment se prépare une émission comme celle-ci ? FF : Cela se construit grâce à une équipe. Les années passant et l’exercice se répétant, j’ai la chance d’avoir été rejoint par toute une petite famille d’auteurs, dont font partie Anne-Louise Sautreuil et Pierre -Louis Lensel, mais aussi Pierre Anquetin, Jean-Baptiste Gallen, Jérémie Bigorie, Christophe Dard, Julia Lebrun... Ce sont eux qui préparent l’émission en coulisses, qui cherchent les éléments et construisent la narration. Je me contente de broder sur leur superbe canevas... TM : Nous arrivons à la fin de cet entretien, Franck Ferrand. Quels sont vos projets pour l’avenir ? FF : Bien de projets se dessinent, mais celui qui en ce moment retient l’essentiel de mon énergie et de ma concentration, c’est la mise en œuvre de cette Cité de l’Histoire à la Défense (elle va occuper tout le socle de la Grande Arche et ce, dès le début de l’année 2023). J’y place beaucoup d’espoir : je crois que ce sera une porte d’entrée assez attrayante vers l’histoire de la France et du monde. J’espère aussi que, grâce aux animations de cette Cité, empruntant aux plus hautes technologies, mais en même temps respectueuses de ce qu’a pu être le décor de l’histoire, nous allons piquer la curiosité du jeune public. J’espère que les visiteurs seront nombreux, qui auront envie en sortant d’aller plus loin dans l’histoire -une discipline tellement vivante, tellement évolutive. Plus d’infos : Retrouvez Nos Rois de France aux Editions Perrin, ainsi que d’autres titre de Franck Ferrand sur www.lisez.com/perrin/26 Toute l’actualité de Franck Ferrand : Franck.ferrand Franck Ferrand FranckFerrand Franck Ferrand : à l’ombre de l’Histoire 8 DOSSIER+

Source : Archives PDF VersaillesPlus

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