12 DOSSIER L es Halles de Paris furent surnommées en leur temps (1873) « Le ventre de Paris » par Émile Zola….Versailles possède elle aussi son cœur nourricier depuis Louis XIV car il n’existe pas de ville attractive et viable – aussi artificielle fut-elle comme la cité royale- sans la présence d’un marché, d’échoppes, réparties en carrés : la viande, la volaille, la farine et de halle au grain. C’est le lieu de socialisation primaire et de ravitaillement quotidien par excellence. Pour rappel, jusqu’à l’arrivée du réfrigérateur domestique en France en 1952, les ménages devaient stocker vaille que vaille leurs victuailles dans des celliers ou des garde-manger grillagés, dans les cuisines ou sur les fenêtres coté nord, et les denrées périssables devaient être renouvelées quotidiennement. Quant aux viandes elles se conservaient soit séchées, soit cuites dans des croûtes de brioche ce qui permettait de les garder quelques jours. Une naissance royale sous louis XIII Avant de s’installer définitivement au château, Louis XIV désire que Versailles s’étende depuis « la pompe du château (vers le milieu de la rue des Réservoirs actuelle rue Carnot) à la ferme de Clagny (…) de façon à ce que la ville soit assez grande et assez considérable ». C’est ainsi que de nombreux espaces verts disparaissent au profit de maisons et d’hôtels particuliers, de la place Dauphine (actuelle place Hoche) et de l’église Notre-Dame. Cette dernière achevée en 1686 donne à un jet d’arbalète sur un important ensemble architectural carré : la place du marché Notre Dame. A l’origine, comme la plupart des marchés de l’époque, le lieu était surtout composé des baraques en bois vouées à accueillir les forains et vendeurs ambulants. Ce marché existait déjà depuis les lettres patentes signées de Louis XIII en 1634. Louis XIII avait en effet institué, deux ans après qu’il ait fait l’acquisition du bourg de Versailles, la création d’un marché franc le mardi de chaque semaine et de trois foires annuelles : la première le premier jour de mai (le premier mai était déjà férié ! comme quoi on n’a rien inventé…), la seconde le jour de la Saint-Julien le 28 août (patron protecteur de la première église de Versailles détruite par la suite pour laisser place au Grand Commun) et la dernière à la Saint- Denis tous les 9 octobre. La prospérité sous louis XIV Louis XIV, voulant assurer un ravitaillement efficace de la ville, confirma par lettres patentes de 1669, la décision de son père ce qui donna réellement corps au marché qui prit alors sa place en plein cœur de la « ville neuve » lors de la construction du quartier Notre-Dame. Les commerçants se multiplièrent avec une quinzaine de boulangers, une trentaine d’épiciers et une quinzaine de bouchers qui s’y s’installèrent. Profitant de la dynamique du marché, des tailleurs d’habits, des merciers, des tapissiers, des bonnetiers, des cordonniers, des faïenciers, des marchands de meubles, des bijoutiers et orfèvres ouvrirent boutiques le long de la rue de la Paroisse et dans des passages comme celui des Deux Portes ou de Toulouse... Les commerces les plus florissants et les plus nombreux étaient les cabaretiers et les aubergistes. Pour la petite Histoire (selon l’historien G. Lenotre…) le roi malin afin d’attirer la population instaura « le-poids-le-roi-à- la-farine » : en effet Louis XIV donna à ce marché franc la possibilité de vendre moins cher le boisseau de farine - qui pesait 12 livres à Paris - en pesait miraculeusement 13 à Versailles ! si bien que les boulangers parisiens venaient s’y approvisionner deux fois par semaine le jeudi et le lundi. Le marché fournira ainsi régulièrement pendant une soixantaine d’années des produits alimentaires aux intendants des hôtels seigneuriaux, aux revendeurs ambulants et à la population versaillaise. Une renaissance sous louis XV Mais au fur et à mesure des années les commerçants et riverains vont s’apercevoir que les lieux sont malsains et en 1721, Louis Blouin, Gouverneur de la ville, Intendant des châteaux, parcs, domaines et dépendances de Versailles, fera alors paver la place (exit la terre battue, la boue et les nuages de poussière) et détruire les anciennes baraques. Sur ordre du Roi, il donnera aux commerçants de nouveaux brevets nominatifs avec autorisation de construire sur le pourtour mais selon des règles d’alignement spécifiques « à la versaillaise » pourrait-on dire. Ce nouveau marché sera achevé en 1724 et en 1725 on décidera de diviser en quatre carrés la place - à l’intersection de la rue de la Paroisse et de la rue Duplessis (aujourd’hui rue du Maréchal Foch) - comme à Les Halles de Versailles Ouvertes tous les jours sauf le lundi, les Halles de Versailles proposent principalement des commerces de bouche réputés pour leur fraicheur, leur qualité et leur diversité en plein cœur de la ville.
Aout Septembre 2018 - N°110
12 DOSSIER L es Halles de Paris furent surnommées en leur temps (1873) « Le ventre de Paris » par Émile Zola….Versailles possède elle aussi son cœur nourricier depuis Louis XIV car il n’existe pas de ville attractive et viable – aussi artificielle fut-elle comme la cité royale- sans la présence...
Source : Archives PDF VersaillesPlus
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