13 D ans la nuit du 30 au 31 janvier 1918, les versaillais sont secoués par de fortes détonations et certains aperçoivent l’éclair de bouches à feu de la défense anti-aérienne. Paris a été bombardée. Le lendemain, ils apprennent que quatre escadrilles d’avions allemands ont largué des bombes torpilles sur la proche banlieue Est et la rive droite de Paris, faisant 55 morts et 207 blessés. Des immeubles, des rues, des hôpitaux et des écoles ont été touchés. La « barbarie boche » s’est encore exprimée. Si la population parisienne éprouve une certaine panique, malgré les préconisations de ne plus demeurer dans les étages supérieurs ni au rez-de-chaussée des habitations, et de se rendre dans les caves, les abris (ou pour les parisiens certaines stations de métro), à Versailles on s’affole également. Et si l’ennemi lançait des gaz ? Le 17 février une canonnade nourrie met la ville en émoi. Tous aux caves….A 23 heures, la « berloque », sonnerie de fin d’alerte, ramène le calme. Des versaillais se plaignent de la négligence des autorités ; ils ne sont plus en sécurité : la sonnerie des clairons arrive trop tard, alors que le canon de défense retentit déjà. Il leur est répondu que c’est le Gouvernement militaire de Paris et lui seul qui donne l’alerte. Pour remédier à l’imprécision de l’annonce de survols ennemis, un essai d’une nouvelle sirène est fait le 12 février. Essai concluant. Les 22 février et 8 mars, nouvelles alertes. A l’Hôtel de ville, une « cellule de crise » est installée, incluant des pompiers et des soldats; le maire peut compter sur la pompe-auto et le matériel d’incendie. Un service de secours se tiendra prêt à chaque alerte ; et la voiture d’ambulance avec un interne de l’hôpital sera disposée à partir. La municipalité fait connaître par voie d’affiches les emplacements des abris et recommande l’équipement de caves ; on lui fait remarquer qu’il n’y a pas d’abri à Porchefontaine. Mais le 29 mars, nouveaux bombardements sur Paris. Cette fois, deux versaillais y perdent la vie. « Versailles en tenue de guerre » Le 1er mars, l’Echo de Versailles titre « Versailles en tenue de guerre » et fait un panorama des spectacles nouveaux. Des militaires, des voitures de l’Armée partout. Un nouvel uniforme est apparu, celui des Américains. Dans trois lieux du centre ville, des postes-vigies sont prêtes à tout signalement ; des postes spéciaux contre les gaz asphyxiants sont installés à l’hôpital Dominique Larrey et dans trois hôpitaux auxiliaires. Au Château, on est sur la défensive et le parc ressemble à un camp retranché : « Vases et statues sont camouflées de sacs de sable. Le parterre d’eau est devenu un chantier où rondins et sacs de terre sont épars ; dans les taillis la main d’œuvre militaire assure le remplissage des sacs et les baies du château elles-mêmes reçoivent un épais capitonnage ». Des Américains à Versailles La population versaillaise a trouvé un réconfort depuis l’arrivée des soldats américains. La presse locale suit l’arrivée de leurs troupes. Le 30 janvier 1918, une des écoles de formation des officiers de l’Oncle Sam est transférée à Versailles. Trois cents élèves sont réunis pour deux mois en vue d’un perfectionnement. Toutes les instructions ont débuté fin 1917 à Langres, où les autorités américaines ont choisi de fixer leurs bases. Arrivées par milliers à Saint-Nazaire en bateau, puis à Langres en train, les jeunes recrues ne sont pas préparées au type de guerre qui les attend. Les Officiers français sont prêts à offrir leur expérience. Mais les américains ne veulent pas de contact avec les unités françaises et préfèrent ne dépendre que d’eux-mêmes. Ce qui sera coûteux en vies : les premiers « sammies » tombent sur le sol français dès la fin octobre 1917. La conférence interalliée au Trianon Palace Le 29 janvier, pour quatre jours, se tient une réunion des chefs de gouvernement de l’Entente (les Alliés) et des généraux, sous la présidence de Clémenceau. Il s’agit de décider en commun d’un plan de campagne pour l’année 1918. Le mercredi 30 janvier, à 10 heures, les versaillais voient passer à grande vitesse des limousines noires suivies par des side-cars transportant les officiers subalternes. Deux cents curieux tentent de s ‘approcher mais sont tenus à l’écart par des militaires. Le 14 mars 1918, nouvelle réunion. Le Conseil supérieur de guerre interallié renonce à exiger des Britanniques de participer à la réserve générale interalliée, à laquelle le maréchal Douglas Haig est particulièrement hostile. Il ne faut pas créer de tensions inutiles entre partenaires alors que le conflit est loin d’être terminé et que les positions françaises et britanniques restent menacées par une attaque ennemie d’envergure. A l’Est, le traité de paix entre la Russie bolchevique et les Empires centraux laisse à ces derniers les mains libres pour se consacrer au front de l’Ouest…. Marie-Louise Mercier-Jouve Sources : presse locale de Seine –et- Oise et divers Chronique des années de guerre : janvier-mars 1918 Ce sont des temps difficiles. Au début 1918, à la lassitude de la guerre, au souhait de la paix, s’ajoute l’inquiétude de nouveaux dangers. Clémenceau et le général Weygand devant le Trianon Palace le 14 mars 1918 HISTOIRE
Avril 2018 - N°107
13 D ans la nuit du 30 au 31 janvier 1918, les versaillais sont secoués par de fortes détonations et certains aperçoivent l’éclair de bouches à feu de la défense anti-aérienne. Paris a été bombardée. Le lendemain, ils apprennent que quatre escadrilles d’avions allemands ont largué des bombes...
Source : Archives PDF VersaillesPlus
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