vendredi 11 septembre 2026

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Choose France : la vitrine, et derrière la vitrine ?
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Choose France : la vitrine, et derrière la vitrine ?

Chaque année, Versailles s'illumine, les PDG du monde entier se pressent sous les lambris du château, et la France annonce des milliards d'investissements. Mais une question s'impose, têtue : est-ce que cette séduction coûteuse suffit à masquer les fragilités structurelles d'une économie qui peine à

Jean-Baptiste Giraud7 septembre 2026 à 08:232 vues

Il y a quelque chose de presque théâtral dans le rituel Choose France. Chaque printemps, le château de Versailles — symbole absolu de la puissance française, de Louis XIV à nos jours — devient le décor d'une grande parade de l'attractivité. Les caméras tournent, les chiffres s'envolent, les communiqués triomphent. En 2026, le rendez-vous est reconduit, comme prévu, comme attendu. Et la question que personne ne pose vraiment mérite pourtant d'être posée : derrière l'éclat du miroir, que reste-t-il ? ## Versailles comme argument de vente Choisir Versailles n'est évidemment pas un hasard. C'est une dramaturgie parfaitement calculée. On invite les grands décideurs mondiaux là où la France a été, pendant un siècle, le centre gravitationnel du monde occidental. On leur dit, sans le dire : regardez ce que nous sommes capables de bâtir, regardez ce que nous avons été, regardez ce que nous pouvons redevenir. C'est du soft power pur, un argument de vente qui joue sur l'émotion autant que sur la raison. Et cela fonctionne — du moins en apparence. Les annonces s'accumulent : des usines, des centres de recherche, des sièges européens relocalisés. Des milliards, toujours des milliards. La France, nous dit-on chaque année, est redevenue la première destination des investissements étrangers en Europe. Ce n'est pas faux. Mais ce n'est pas toute la vérité non plus. ## Le paradoxe français en cinq lettres : impôts Reprenons les faits. La France attire des capitaux étrangers — c'est réel. Mais elle reste, dans le même temps, l'un des pays développés où la pression fiscale et sociale est la plus lourde du monde occidental. Les entreprises qui s'y installent le savent et, souvent, négocient en amont des conditions particulières, des exonérations temporaires, des aides publiques massives. Autrement dit : la France est attractive, mais à condition de rendre l'addition supportable. Ce n'est pas exactement un modèle de compétitivité naturelle. Le problème, c'est que ce que l'on offre à quelques grands groupes étrangers — flexibilité, accompagnement sur mesure, tapis rouge —, on ne l'offre pas aux entrepreneurs français eux-mêmes, qui se débattent chaque jour avec une administration kafkaïenne, un code du travail touffu et une fiscalité qui réserve ses surprises aux moins bien lotis. Il y a là une contradiction interne que Choose France ne dissipe pas : on est capable de convaincre Toyota ou Microsoft, mais on n'est toujours pas capable d'offrir aux PME françaises les conditions qui leur permettraient de grandir sans souffrir. ## La mise en scène de la puissance, version post-industrielle Il faut être juste : Choose France a du mérite. Dans un monde où la concurrence entre les nations pour capter les investissements est devenue acharnée — l'Allemagne, l'Espagne, la Pologne, sans parler des États-Unis et de leur Inflation Reduction Act —, la France ne pouvait pas rester les bras croisés. L'événement a contribué à changer l'image d'un pays longtemps perçu comme hostile aux entreprises, allergique au profit, paralysé par ses syndicats et ses idéologies. Ce repositionnement a une valeur réelle. Mais la mise en scène de la puissance ne remplace pas la puissance elle-même. Rome aussi organisait de grands spectacles. Cela ne l'a pas empêchée de décliner. La question n'est pas de savoir si la France est capable d'organiser une belle soirée à Versailles — elle l'est, assurément, mieux que quiconque. La question est de savoir si les fondamentaux suivent : la dette publique, proche de 113 % du PIB ; le déficit structurel qui résiste à tous les plans d'économies ; la démographie qui ralentit ; la productivité qui stagne. Ces chiffres-là ne figurent pas dans les communiqués officiels. ## Ce que les investisseurs voient, et ce qu'ils taisent Les grands patrons qui se rendent à Versailles ne sont pas dupes. Ils viennent parce que la France leur offre un marché de 68 millions d'habitants, une main-d'œuvre qualifiée, une infrastructure remarquable, une stabilité institutionnelle — des atouts réels, qu'il serait absurde de nier. Mais ils voient aussi, en coulisses, les rapports de leurs juristes et de leurs fiscalistes. Ils savent ce que signifie recruter en France, ce que coûte un licenciement, ce que représente la part des charges sociales dans le coût total du travail. Ce qu'ils taisent en conférence de presse, ils le calculent en interne. Et parfois, le calcul est simple : on s'installe en France pour le marché et la recherche, mais on produit ailleurs. Ce n'est pas un crime économique, c'est une rationalité d'entreprise. Mais cela signifie que Choose France attire des capitaux sans nécessairement créer autant d'emplois industriels que les annonces pourraient le laisser croire. ## L'attractivité ne suffira pas Reste que Choose France, en soi, n'est pas le problème. C'est même une bonne idée. Le problème, c'est de confondre la vitrine avec le magasin. D'exhiber les chiffres des annonces d'investissement comme si c'était un bilan, alors que ce ne sont encore que des promesses. D'utiliser Versailles comme argument de substitution là où des réformes structurelles seraient nécessaires. L'attractivité d'un pays, ce n'est pas ce qu'il montre dans ses spots de communication. C'est ce qu'un entrepreneur risque à y investir sur dix ans. C'est la lisibilité de ses règles fiscales, la prévisibilité de sa législation sociale, la rapidité de sa justice commerciale, la qualité de ses services publics. Sur ces terrains-là, la France a encore beaucoup de travail. Et aucun dîner à Versailles, aussi fastueux soit-il, ne le fera à sa place. Choisir la France, oui. Mais il faudra aussi, un jour, réformer la France. Ce rendez-vous-là n'a pas encore de date fixée au calendrier.

Source : info.gouv.frLire l'article original

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