Ecrivain Un souvenir d’enfance... V ersailles, ce fut d'abord une lettre d'enfants. Les enfants d'une classe de CM2 au début des années 80 qui souhaitaient s'y rendre en voyage de fin d'année. « Cher Monsieur le Conservateur. Bonjour, nous sommes les élèves de Monsieur Drapé, maître du CM2. C'est bientôt la fin de l'année et nous avons (pres- que) tous bien travaillé. Nous voudrions, s'il vous plé venir visiter le Château de Versailles qui se trouve dans une ville qui s'appelle aussi Versailles et qui n'est pas très loin de la nôtre - malgré la méthode syllabi- que, certains avaient déjà une orthographe créative et un style bien personnel -. Nous voudrions aussi faire un grand pique-nique dans le Parc du château et si vous voulez, vous pourrez jouer avec nous au ballon prison- nier. Cher Monsieur le Conservateur, nous vous prions de croire en l'expres- sion de nos sincères saluta- tions - formule approxima- tive probablement dictée par Monsieur Drapé, long- temps maître très très à l'ancienne du CM2 ». Jusqu'alors, les élèves n'avaient vu le fameux châ- teau que dans leurs livres, sur de toutes petites images et projetaient de le voir en vrai. Le maître avait laissé le choix de la destination parmi une sélection d'en- droits alléchants. La com- pétition fut féroce, puisque pas moins de cinq possibili- tés s'offraient aux suffra- ges. La côte bretonne (trois jours au bord de la mer), une journée à la Villette pour voir la Géode, la cathé- drale de Chartres (mais, ils l'avaient déjà visitée en CM1), la Tour Eiffel et bien entendu le château de Versailles. Il faut croire que la leçon d'histoire sur Louis XIV avait captivé les trou- pes : à l'unanimité, les élè- ves de CM2 avaient choisi d'aller à Versailles. Voir en vrai la Galerie des Glaces, le Trianon, les appartements du roi ou encore les jardins de Le Nôtre les faisait fris- sonner d'impatience ; et puis il y avait la perspective du pique-nique dans le Parc et surtout la partie de bal- lon prisonnier. Chacun ambitionnait secrètement de se prendre pour le roi ou la reine l'espace d'une jour- née, de régner sur ses cama- rades de classe et surtout, sur le monde entier. Deux mois plus tard, le 5 juin 1983, les voilà partis en car scolaire pour parcourir les 80 kilomètres qui sépa- raient leur village de la vie de château. Ce jour là, il tombait des cordes, que dis- je des hallebardes, la Galerie des Glaces était inaccessible au public (sans doute avaient-ils décidé de les nettoyer toutes le même jour, les glaces de la galerie) et le pique-nique eut lieu dans le car scolaire. Inutile de préciser que de ballon prisonnier, il ne fut pas question une seule seconde. Vingt cinq ans plus tard, il me reste de cette journée un souvenir aussi humide qu'ému. Si mes souvenirs sont exacts, ce jour de juin n'a pas fait de moi une Reine - et fort heureuse- ment, puisque je me suis laissé dire que ces reines-là eurent du mal à ne pas per- dre la tête. En revanche, visiter le château de Versailles devint un rituel estival : pas un correspon- dant américain, pas un cou- sin du Sud de la France n'échappa à la journée ver- saillaise. Il se dégage de cette petite ville du Grand ouest parisien un goût de revenez-y, comme ce jouet, qu'enfant, on a préféré. C'est peut-être le fameux château, la Galerie des Glaces, le Trianon, les appartements du roi, les jardins de Le Nôtre. C'est surtout la douceur de vivre qui émane des rues de Versailles.
Constance Bonnay
Ecrivain Un souvenir d’enfance... V ersailles, ce fut d'abord une lettre d'enfants. Les enfants d'une classe de CM2 au début des années 80 qui souhaitaient s'y rendre en voyage de fin d'année. « Cher Monsieur le Conservateur. Bonjour, nous sommes les élèves de Monsieur Drapé, maître du CM2. C'est...
Source : Archives PDF VersaillesPlus
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