13 et de bassins pour en obtenir. Il fallait choisir des jours de grand froid bien sec pour éviter les pertes car, écrivait le duc de Luynes, « dans les années où la gelée est forte et dure longtemps, la toise cube ne revient qu’à environ 10 livres au Roi à serrer, et lorsque la glace est si extraordinairement mince, la toise revient environ à 70 livres au moins la toise cube ». Ceux qui devaient la quérir, la plaçaient dans des tombereaux tapissés et recouverts de paille tandis que d’autres remplissaient la glacière. La glace jetée dans le puits, était pilée et tassée pour former un lit homogène compact, puis sur chaque couche on jetait de l’eau qui se congelant immédiatement, comblait les vides. Les lits se succédaient ainsi jusqu’au remplissage complet. Le tout était recouvert de paille et de planches alourdies de pierres pour maintenir la paille serrée. Une trappe permettait d’accéder à la glace d’avril à octobre. Le travail au fond du puits était pénible, il y faisait un froid de loup. On s’y éclairait de lampes à l’huile fixées aux parois. A Versailles la première glacière fut creusée sous Louis XIII, et sous Louis XIV on en dénombrait treize. Mme Caffin Carcy les a répertoriées : Deux à la Ménagerie, trois auprès des moulins de Clagny, deux au-dessus des Etangs Gobert, deux aux Trianon qui viennent d’être restaurées et quatre au chemin de Satory. Ces dernières étaient situées sur un terrain triangulaire en haut de l’actuelle allée des Peupliers descendant vers la pièce d’eau des Suisses. Le préposé y avait une maison de garde, une vacherie, une écurie, un cabinet d’aisance. Les deux plus grandes glacières étaient recouvertes de terre, les deux autres situées le long du chemin de Satory étaient recouvertes de charpente et de chaume comme celles de Trianon. En 1909, ces glacières, encore en état de fonctionner, furent mises aux enchères à 300 francs par les domaines, avec droit d’extraire de la glace de la pièce d’eau des Suisses. Ces glacières étaient la propriété exclusive du roi. Elles fournirent jusqu’à le Révolution non seulement la Bouche du Roi et celle de la Reine mais aussi nombre de courtisans et d’officiers de la Cour. Outre les sorbets et glaces, elles étaient utilisées à rafraîchir les boissons, et nombre de denrées ce qui permettait d’éviter la salaison. Les glacières royales auraient dû suffire à satisfaire les besoins de la Cour. Malheureusement, nombre de bourgeois versaillais qui se plaisaient ainsi à mimer la Cour, mais aussi cabaretiers et hôteliers, s’en procuraient frauduleusement grâce à la vénalité des garçons de la Bouche du Roi, à celle des préposés à la garde des glacières et aux voituriers chargés de leur transport. Craignant que la Cour soit amenée à se restreindre, Louis XVI créa des glacières ouvertes au public. Ce fut un échec car les « limonadiers, cafetiers, aubergistes, crémiers, parfumeurs et autres… » payaient moins cher leur glace aux glacières du Roy qu’aux publiques. A la Révolution, le sieur Frechu, premier garçon des glacières, fidèle parmi les fidèles, continua à fournir la famille royale et transporta la glace royale au Temple jusqu’au Ier aout 1793. Au I9e siècle, la glace sous forme de pains ou de glace pilée se généralisa et fut proposée aux particuliers jusque dans les années cinquante où elle fut définitivement vaincue par l’avènement du réfrigérateur. Il existe encore nombre de glacières dans Paris dont une dans les jardins de l’hôtel Matignon. Claude Sentilhes Sources : Odille Caffin Carcy, Les glacières du domaine de Versailles. Versalia, n°4, 2001/ Martin, Jean, Glacières françaises : histoire de la glace naturelle, Éd. Errance, Paris, 1997./ Francis CAHUZAC et collaborateurs. http://cfpphr.free. fr/glaciere. 2017./ E. Léri, Revue de l’histoire de Versailles et de S-et-O. n°1 Plan d’une glacière. Glacière dite de Satory Glacière du Trianon, restaurée
Janvier 2018 - N°105
13 et de bassins pour en obtenir. Il fallait choisir des jours de grand froid bien sec pour éviter les pertes car, écrivait le duc de Luynes, « dans les années où la gelée est forte et dure longtemps, la toise cube ne revient qu’à environ 10 livres au Roi à serrer, et lorsque la glace est si...
Source : Archives PDF VersaillesPlus
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