16 A la fin 1917, et surtout en 1918, les Versaillais voient passer dans les rues de grosses voitures puissantes et bruyantes qui de temps en temps provoquent un accident de piéton ou de charrette. Ils s’habituent à croiser, dans les rues, les avenues, le parc du château, des soldats et des policiers militaires d’un nouveau genre : l’autorité militaire américaine a installé des « policemen » reconnaissables au petit gourdin fixé à leur poignet et au chien qui les accompagne. L e journal l’Illustration décrit « les Américains qui, avec leurs uniformes de drap olive, leurs feutres à larges bords, leurs ceintures à pochettes multiples, cette allure de jeunes cow-boys de l’Ouest américain », apportent une « note de pittoresque inédit dans nos décors de guerre ». Dans la contre-allée de l’avenue de Saint-Cloud, le long des Grandes-Ecuries, la YMCA a installé en juin un « foyer du soldat » pour le réconfort des militaires anglais et américains en garnison à Versailles. Dans certaines rues, dans le parc du Château, de rudes gaillards pratiquent un sport inconnu : les soldats de l’Oncle Sam, qui ne peuvent s’en passer, s’exercent au base- ball sous les yeux intéressés mais perplexes des jeunes lycéens. Juin 1918, la mission des citoyens américains, représentant les associations ouvrières des Etats-Unis, visite le château. Le 4 juillet 1918, la ville célèbre avec enthousiasme l’« Independance Day ». Des milliers de petits drapeaux des USA sont brandis par des adolescents. Des cérémonies se déroulent à l’hôtel de ville et la bibliothèque populaire de Versailles offre à cette occasion une série de conférences dans la salle des fêtes de la mairie. Premières notes vers le jazz Le général Bliss, représentant militaire permanent des Etats-Unis au Conseil de Versailles, tient à remercier la ville pour l’accueil aux soldats qui en sont devenus « les enfants adoptifs » et pour cela, il offre dans le parc, un concert donné par un des meilleurs orchestres, celui du 369e régiment d’infanterie, qui recevra la Croix de guerre et qui en raison de son courage au combat sera surnommé « les Harlem Hellfighters » lors de son retour aux Etats- Unis en février 1919. Les versaillais applaudissent. Le 23 août, les troupes noires, récemment installées à Versailles, et « qui donnent leur sang à la France et tiennent à participer à ses fêtes » offrent dans un des Quinconces une musique étonnante. On sait que 1 000 à 1 200 musiciens afro-américains sont passés par la France entre 1918 et 1919. Même si ce n’est pas du jazz - car les musiciens professionnels suivent leur partition à la lettre, sans laisser de place à l’improvisation- les sonorités qu’ils tirent de leurs instruments, cependant, sont résolument nouvelles. Les Français sont captivés par le son suraigu de la clarinette, le rugissement sourd du « soubassophone », la complainte du trombone à coulisse qui s’allonge. Bientôt c’est une explosion de petits groupes Les Américains à Versailles pendant la Grande guerre HISTOIRE
Janvier 2019 - N°114
16 A la fin 1917, et surtout en 1918, les Versaillais voient passer dans les rues de grosses voitures puissantes et bruyantes qui de temps en temps provoquent un accident de piéton ou de charrette. Ils s’habituent à croiser, dans les rues, les avenues, le parc du château, des soldats et des...
Source : Archives PDF VersaillesPlus
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