6 la seule obligation étant d’être disponible « dans un délai de vingt minutes » pour faire face à une action immédiate. Rien ne le prédispose à l’époque à venir à Versailles ; la cité royale représentait un nom prestigieux qui ne le concernait pas vraiment. Et puis, un jour, il apprend que son unité va s’installer à Satory. C’est alors la découverte d’un véritable monde nouveau, avec la longévité la plus longue de toutes ses garnisons, puisqu’il séjournera pendant quatorze ans dans ce qu’il appelle son paradis ! « Tout y est à portée de main » souligne-t-il, une nature exceptionnelle sans laquelle il ne saurait vivre : les forêts, les lacs, les sous-bois, mais aussi un univers pour les familles, avec ses écoles, ses services dans tous les domaines, le marché Saint-Louis, où il aime se perdre dans les ruelles. Sans parler bien sûr du château et de ses jardins. Qu’il se sent loin des cantonnements de l’est de la France ! Tout en vivant pleinement avec son milieu militaire, car il y a beaucoup d’espace : neuf escadrons, 1500 gendarmes, le cinquième Génie. Très vite, il joue dans l’équipe de foot et engage des rapports avec les autorités municipales. Devenu chef de groupe, il multiplie les missions qui le conduisent à la sécurité des plus hauts personnages de l’Etat. Il est ainsi amené à quitter Versailles et à s’installer à la caserne Kellermannn. Il assure à Paris les fonctions les plus prestigieuses de tireur d’élite à l’Elysée, ou encore de garde du corps de personnalités, les plus proches du chef de l’Etat comme François de Grossouvre pendant de longues années. Pendant cinq ans, il a exercé au ministère de la défense, en particulier avec les ministres Charles Million et Alain Richard. La carrière au niveau d’exigence qu’elle requiert est relativement courte. A partir de quarante-deux ans, il est temps d’envisager des actions moins extrêmes : il passe à un autre stade, celui de la sécurité des ambassades, entre 2006 et 2009. Trois cents gendarmes y sont affectés. Cela se traduit par de nombreuses missions à l’étranger. Il affectionne en particulier la Côte d’Ivoire, où il se rend à de nombreuses reprises. Aujourd’hui, âgé de 66 ans, il est officiellement en retraite et se consacre …à la littérature. Il vient de publier son troisième ouvrage, « engagé pour la vie », où il rend un hommage appuyé à son ancien frère d’armes Arnaud Beltrame, qui s’est substitué à une otage, ce qui lui a coûté la vie. Partout, il multiplie les conférences, ses apparitions sur les plateaux de télévision. Il est souvent appelé en consultation et milite activement pour les qualités de courage, d’opiniâtreté, de sens de l’honneur qui lui ont permis de vivre une existence dont il est fier. Dans le climat morose de la France d’aujourd’hui, il invite les jeunes en particulier à militer en faveur du dépassement de soi. Et il retrouve à chaque retour à Versailles le terreau qu’il affectionne en faveur des valeurs qu’il défend. Il ne manque jamais le rassemblement de l’association 78, occasion d’un vaste échange avec les strates les plus variées de la population de la cité royale. Il sait aussi combien le sigle qu’il vénère est populaire auprès d’une certaine jeunesse, qui voudrait en dévoiler tous les mystères. Mais il conserve une discrétion de marbre pour avoir vécu si longtemps au cœur des rouages les plus intimes de la République en rappelant la phrase de l’ancien ministre Paul Quilès, car « le vrai talent d’un garde du corps est d’être là sans être là ». Michel Garibal
Janvier 2019 - N°114
6 la seule obligation étant d’être disponible « dans un délai de vingt minutes » pour faire face à une action immédiate. Rien ne le prédispose à l’époque à venir à Versailles ; la cité royale représentait un nom prestigieux qui ne le concernait pas vraiment. Et puis, un jour, il apprend que son...
Source : Archives PDF VersaillesPlus
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