mardi 8 septembre 2026

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Juan Branco, ou le paradoxe du pourfendeur rattrapé par ses propres actes
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Juan Branco, ou le paradoxe du pourfendeur rattrapé par ses propres actes

L'avocat militant Juan Branco, figure de la gauche radicale et contempteur autoproclamé des puissants, devrait être renvoyé en correctionnelle pour viol. L'homme qui faisait profession de dénoncer les abus du système se retrouve aujourd'hui face à la mécanique judiciaire qu'il prétendait incarner. I

Jean-Baptiste Giraud2 septembre 2026 à 10:071 vues

Il existe une catégorie d'hommes publics qui ont fait de leur propre vertu un bouclier. Des hommes qui parlent fort, qui accusent, qui dénoncent, et dont l'indignation perpétuelle tient lieu de moralité. Juan Branco était de ceux-là. Avocat brillant, auteur d'un pamphlet virulent contre Emmanuel Macron — *Crépuscule* —, défenseur de Julian Assange, figure tutélaire d'une certaine gauche radicale qui se nourrit autant d'indignation que d'audiences médiatiques, il avait construit son personnage public sur une idée simple : le pouvoir corrompt, et lui, précisément, n'était pas le pouvoir. Mais reprenons. **L'ironie tragique d'un destin judiciaire** Selon les informations disponibles, Juan Branco devrait être renvoyé devant la justice pour viol. Une instruction judiciaire — cet outil lent, méthodique, imperméable aux effets de tribune — aurait donc abouti à estimer qu'il existe des charges suffisantes pour que l'affaire soit jugée au fond. Ce n'est pas une condamnation. Ce n'est pas non plus un épiphénomène. C'est, juridiquement parlant, un seuil franchi. Le problème, c'est que l'affaire ne se réduit pas à son aspect procédural. Elle révèle quelque chose de plus profond sur la mécanique des prophètes d'eux-mêmes. Car ce n'est pas la première fois que l'histoire nous offre ce type de retournement : l'homme qui proclame défendre les opprimés et qui se retrouve accusé d'en avoir fait une victime. Les Romains avaient un mot pour cela — *hybris*, emprunté aux Grecs — cette démesure qui précède la chute. Branco avait porté l'hybris à un niveau presque théorique : il était l'avocat des sans-voix, le contempteur des élites, le porte-parole des laissés-pour-compte. Un rôle aussi commode qu'exposé. **Ce que révèle l'affaire sur notre rapport à l'exemplarité** En réalité, ce qui est troublant dans cette affaire, ce n'est pas tant la figure de Branco lui-même — les individus tombent, c'est la condition humaine — que ce qu'elle dit de nous, de notre façon de fabriquer des icônes politiques et de fermer les yeux sur ce qui les fissure. Combien de fois a-t-on vu, dans les milieux militants, journalistiques ou intellectuels, une forme de tolérance implicite pour les comportements des figures « du bon côté » ? Combien de témoignages étouffés, de signaux ignorés, de victimes réduites au silence par la force symbolique d'un nom, d'une cause, d'un livre bien distribué ? La question est inconfortable. Elle mérite d'être posée. Autrement dit : le problème n'est pas seulement Juan Branco. Le problème, c'est le système de protection que confère la notoriété militante. C'est le crédit moral automatique accordé à celui qui parle bien, qui cite Bourdieu, qui fréquente les bonnes tribunes. Ce crédit-là peut devenir une impunité de fait. Pas officielle. Pas délibérée. Mais réelle. **La justice, lente mais inexorable** Reste que la justice, pour tous ses défauts — sa lenteur, sa technicité parfois absconse, ses inégalités de moyens —, a au moins cette vertu : elle n'est pas sensible aux postures. Elle ne lit pas les pamphlets. Elle n'applaudit pas les plaidoiries. Elle instruit, elle examine, elle renvoie ou elle classe. En l'occurrence, elle renvoie. Ce renvoi devant la justice est, en soi, un rappel à l'ordre démocratique fondamental : nul n'est au-dessus de la loi, pas même celui qui en fait sa profession, pas même celui qui prétend en être le gardien symbolique. Le procès, s'il a lieu, dira ce qu'il y a à dire sur les faits. C'est son rôle. Ni la presse, ni l'opinion publique ne se substituent aux juges. Mais l'analyse, elle, peut déjà s'exercer sur ce que cette trajectoire révèle : la fragilité des figures militantes construites sur un socle de vertu autoproclamée, la nécessité de ne jamais confondre la justesse d'une cause avec la droiture de celui qui la porte, et le danger, toujours présent, de laisser l'idéologie tenir lieu de moralité. Car l'idéologie, comme l'a montré le XXe siècle avec une clarté douloureuse, peut justifier beaucoup de choses. Y compris, parfois, de ne pas voir ce qu'il faudrait regarder en face.

Source : Ouest-FranceLire l'article original

Article issu de la veille automatisée.

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