20 CULTURE C hacun connait l’illustre restaurateur des monuments médiévaux de l’ancienne France, de Vézelay à la cité de Carcassonne, de Pierrefonds à ND de Paris.Mais le fils du gouverneur des Tuileries sous Louis Philippe et Napoléon III,ou ses parents tenaient un salon fort couru, n’eut pas que cette prenante et remarquable activité d’architecte, une vocation favorisée et aidée par un ami de son père, Prosper Mérimée. Outre qu’il multipliait aussi les publications de livres, dont deux dictionnaires (de l’architecture et du mobilier du Moyen Age), il fut également un voyageur passionné, sillonnant les provinces françaises, dont la Normandie, le Massif Central, le Languedoc puis l’Italie, l’Angleterre et l’Allemagne avant d’arpenter, à l’âge mur, les hauts reliefs des Pyrénées et plus encore des Alpes. C’est ce dernier aspect méconnu de sa personnalité et de ses talents que le musée Lambinet propose de nous faire découvrir, s’appuyant notamment sur une série de 31 dessins légués à ses collections dans les années 1980 par les héritiers, descendants d’une amie et muse de notre voyageur, Pauline dite Alexandrine Suréda. Il utilisait du reste souvent la silhouette d’Alexandrine, épouse de l’un de ses collaborateurs des grands travaux, pour donner l’échelle de ses dessins de plein air. Un crayon d’elle au piano, représentée de profil, nous procure quand même, c’est heureux, une autre approche de sa personne que celle d’éternel et gracieux poteau indicateur. Comme les déplacements étaient encore lents, coûteux et souvent aventureux, le « peintre voyageur » était au XIXeme siècle fréquent et recherché tout comme l’homme de lettres – dont Dumas père, Hugo, Gautier, Nerval - en mal d’émotions fortes devant la rudesse des provinces reculées, le pittoresque des mœurs étrangères ou la sauvagerie grandiose des monts et des océans. Le succès durable de la série des « Voyages pittoresques et monuments de l’ancienne France » dirigée par Charles Nodier et le baron Justin Taylor en fut un témoignage ; notre Eugène, grand marcheur et bon cavalier, lui donna pas moins de 250 planches. L’exposition nous montre quelques exemples d’autres artistes plus ou moins spécialisés dans cette production de haut tourisme, tels Jules Coignet, Pierre Ciceri, Jean Baptiste Hubert, Thomas Shotter Boys et, le plus remarquable sans doute, Eugène Isabey. Le premier long voyage d’Eugène le conduit, encore jeune marié, pendant plus d’un an (1836 -37) à travers l’Italie, remontée de la Sicile à Venise. S’il y peaufine la technique à laquelle il restera fidèle soit des vues larges, relevées sur place au crayon puis rehaussées en atelier à l’aquarelle et à la gouache et si le résultat, ample, tend au monumental, il n’est pas pour autant trop froidement objectif. A titre d’exemple, son « cratère de l’Etna » est plus proche de l’éclat étrange d’un Odilon Redon que d’un relevé de géologue. Son « sous bois à Pierrefonds » (1871) est romantique à souhait. Son « chemin de Salvan » (Alpes – 1870) évoque même le style d’une peinture chinoise sur soie. Eugène avait aussi la chance d’occuper des fonctions officielles tant de maitrise d’ouvrage que d’inspection qui justifiaient de très nombreux déplacements. Il en usa amplement. Cependant, au-delà de cet éclectisme et d’une curiosité infatigable, il mit longtemps à comprendre que sa vraie passion était, à l’écart des grandes routes, la montagne et plus précisément les hauts sommets savoyards, français depuis 1860. De 1868 à sa fin (il meurt en Suisse à Lausanne en 1879), il ne fit pas moins de neuf grandes randonnées dans le massif du Mont Blanc et fut l’un des créateurs du Club alpin. Il publia en 1876 un gros ouvrage sur ce massif dont la valeur scientifique fut reconnue. L’exposition comporte donc un ensemble assez important des dessins alpestres du maître consacré, ayant passé la soixantaine, en proie à la passion de « ces hauts plateaux couverts de neige ou la nature travaille sans relâche ». Il était si épris de pics et de glaciers qu’à l’occasion d’une chute dans une crevasse, il demanda que l’on ne lui portât pas secours trop vite car l’observation du travail souterrain de la glace était, selon lui, vraiment formidable ! Il est donc bien plaisant d’être, le temps d’une visite, embarqué dans les pérégrinations multiples et méconnues d’Eugène Viollet-le-Duc. Bernard Legendre Viollet-le-Duc voyageur, au musée Lambinet du 19 mai au 15 juillet. Ouvert du lundi au dimanche sauf le vendredi et les jours fériés de 14h à 18h. Tél. : 01 30 97 28 75. Tarifs : 3,50 à 5 €. Gratuit le premier dimanche du mois. Eugène Viollet-le-Duc en voyage Du 19 mai au 15 juillet 2018, le musée Lambinet dévoile une exposition conçue autour des 31 dessins d’Eugène Viollet-le-Duc conservés dans ses fonds. L’ensemble est complété par des prêts extérieurs provenant de la bibliothèque municipale de Versailles ainsi que de la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine et de la bibliothèque de l’École nationale supérieure d’architecture de Versailles.
Juin 2018 - N°109
20 CULTURE C hacun connait l’illustre restaurateur des monuments médiévaux de l’ancienne France, de Vézelay à la cité de Carcassonne, de Pierrefonds à ND de Paris.Mais le fils du gouverneur des Tuileries sous Louis Philippe et Napoléon III,ou ses parents tenaient un salon fort couru, n’eut pas que...
Source : Archives PDF VersaillesPlus
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