jeudi 10 septembre 2026

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La secte au coin de la rue : Sahaja Yoga s'installe à Versailles, et personne ne rit
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La secte au coin de la rue : Sahaja Yoga s'installe à Versailles, et personne ne rit

Sous couvert de yoga gratuit et de bien-être oriental, un mouvement classé à risque par les autorités françaises a élu domicile rue Sainte-Famille. Le paradoxe d'une ville royale et bourgeoise qui n'est pas à l'abri de ce qui prospère dans les angles morts de la vigilance collective.

Jean-Baptiste Giraud3 juin 2026 à 16:244 vues📰 Archives N°1 • Janvier 2007

L'adresse ferait presque sourire en d'autres circonstances : 8, rue Sainte-Famille. Il y a dans ce toponyme une ironie que la réalité se charge d'assombrir rapidement. Depuis juillet 2006, l'antenne versaillaise de Sahaja Yoga s'y est installée discrètement, proposant des cours de yoga du mardi soir — gratuits, bien sûr, car rien ne recrute mieux que la gratuité — et se gardant bien d'attirer l'attention sur le reste de ses activités.

Sahaja Yoga ne sort pourtant pas de nulle part. Le rapport parlementaire de 1995 l'a déjà épinglée comme mouvement « orientaliste apocalyptique ». La Miviludes — la Mission interministérielle de vigilance contre les dérives sectaires — lui a consacré un rapport en 2005, pointant notamment l'envoi d'enfants dans des ashrams himalayens au motif que « le mal doit être extrait des enfants dès leur plus jeune âge ». Le mouvement, fondé en 1970 par Nirmala Salve Devi, dite Shri Mataji — « Mère sacrée » — se présente comme un syncrétisme bienveillant d'hindouisme, de christianisme, de bouddhisme et d'islam. Le discours de la fondatrice est, lui, d'une clarté déconcertante : « Vous ne devez pas vous attacher à votre enfant : c'est mon travail, vous devez me le laisser. Ces enfants sont les miens, pas les vôtres. »

Le problème, c'est que là où il n'y a pas de témoignages et pas de perquisitions, il n'y a pas de preuve. Et là où il n'y a pas de preuve, les autorités sont impuissantes, quand bien même la vigilance est réelle. L'ADFI — Association de défense des familles et de l'individu victimes de sectes — surveille l'installation versaillaise depuis ses débuts. « La présentation est trompeuse », résume sobrement Marie Drilhon, sa représentante locale. Ce qui se cache derrière le cours de yoga du mardi soir, derrière le stand au salon bio de Parly II, derrière les concerts de musique indienne organisés pour attirer de nouveaux adeptes — tout cela reste dans l'angle mort de la loi.

En apparence, une association comme les autres. En réalité, un mouvement qui compte 2 000 membres actifs en France et 1,5 million d'adeptes dans 86 pays, et qui a défrayé la chronique française dès 1991 lorsque des grands-parents ont dû batailler pour récupérer un petit garçon expédié dans l'Himalaya. Les responsables versaillais, interrogés, n'ont pas souhaité répondre. Ils préparaient, paraît-il, un Tour de France pour l'été 2007. On ne saurait leur reprocher de s'occuper.

Source : Archives VersaillesPlus - VN1.pdf

Article extrait des archives VersaillesPlus (N°1 - Janvier 2007).

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