Connue depuis l’antiquité, la variole dévastait les familles en s’attaquant d’abord aux enfants. Quand elle ne tuait pas elle laissait des cicatrices indélébiles. On connaissait son extrême contagiosité et on tentait de s’en prévenir. Dans plusieurs pays d’Asie, d’Afrique, jusque dans les zones rurales des Balkans, on avait remarqué que la variole ne frappait jamais deux fois un même individu et que la contracter lorsqu’elle sévissait sous une forme bénigne assurait une sorte d’immunité à vie. Pourtant en France au milieu du XVIII° siècle, elle tuait près de quatre- vingt mille personnes chaque année, un malade sur sept, parfois un sur cinq dans les formes les plus virulentes. C’était une des premières causes de mortalité. Ce fut Lady Mary Wortley Montaigu, épouse de l’ambassadeur d’Angleterre à Constantinople, qui fut à l’origine de son introduction en Europe, elle- même défigurée et ayant vu son frère en mourir. Elle avait remarqué que dans les Balkans il était coutumier de s’inoculer volontairement dans les premiers âges de la vie un peu de matière purulente prélevée sur des boutons varioleux. Au prix de quelques jours de fièvre l’enfant guérissait et était protégé définitivement. Dans une lettre de Constantinople du 1er avril 1717, elle lança l’idée à Londres, proclamant « j’ai assez de patriotisme pour tenter d’introduire en Angleterre cette heureuse découverte ». Elle fit inoculer son fils de six ans à Belgrade le 19 mai 1718. En France ce fut le docteur Tronchin, fort de sa renommée, qui introduisit dans les milieux aristocratiques la variolisation. Le clergé et la faculté de médecine de Paris s’y opposèrent arguant que la maladie étant voulue par Dieu, il était « malséant de prétendre prévenir et s’y opposer ». Les philosophes du siècle des Lumières se lancèrent dans la bataille, Voltaire en tête. D’Alembert y consacra un chapitre de l’Encyclopédie et s’inocula lui-même. Malgré quelques échecs et quelques décès qui donnèrent à réfléchir, la variolisation se développa rapidement. En 1796, la découverte du médecin anglais, Edward Jenner, transforma cette méthode empirique non dénuée de risque. Il avait observé qu’en période d’épidémie de vaccine, une maladie vésiculeuse atteignant les vaches, leurs vachers étaient immunisés contre la petite vérole. Il eut l’idée de remplacer le pus variolique par celui de la vaccine moins mortelle et inocula le 14 mai 1796 un jeune garçon de huit ans avec succès. En 1804, Napoléon convoqua Jenner, et fit vacciner le Roi de Rome et les soldats de sa garde impériale. Il imposa des vaccinations de la population dans plusieurs départements. A la fin de l’Empire, la mortalité était tombée à moins de dix mille. On connait la suite, Pasteur créa le terme de « vaccination » (du nom latin « vacca », la vache) en reconnaissance à Jenner. La dernière épidémie en 1921 toucha encore près de 100.000 américains avec une mortalité de 40%. Etendue à l’échelon mondial, la vaccination fit disparaitre la maladie. Par son geste courageux et le retentissement qu’il eut en France, Louis XVI en fut un précurseur. Claude Sentilhes Sources : Casassus Ph. Petite histoire de la vaccination, à propos de la variole. Revue Médecine,2017. John Libbey Eurotexte. //Chanuel Cl. Le chasse vérole. Lyon, Barthélémi Vincent.1610.// Darmon Pierre, La variole, les nobles et les princes, La petite vérole mortelle de Louis XV. Bruxelles. Ed. Complexe.1989. La vaccination gratuite contre la variole. Œuvre philanthropique de Petit Journal. Vers 1905. Edward Jenner, Herschelmuséum.org
La Variole À Travers Le Temps
Connue depuis l’antiquité, la variole dévastait les familles en s’attaquant d’abord aux enfants. Quand elle ne tuait pas elle laissait des cicatrices indélébiles. On connaissait son extrême contagiosité et on tentait de s’en prévenir. Dans plusieurs pays d’Asie, d’Afrique, jusque dans les zones...
Source : Archives PDF VersaillesPlus
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