Deux dames passant à bicyclette s'interrogent sur l'identité de la statue que l'on est en train d'installer : « oh, je ne sais pas qui c'est… », dit l'une, « mais sûrement pas un révolutionnaire ! » Délicatement, les quelque 500 kilos de la statue de bronze de l'Abbé de l'Epée quittent le plateau du camion ce 9 février. La statue s'envole haut dans les airs, suspendue à une immense grue jaune vif, pour atterrir en douceur sur son nouveau piédestal, jouxtant la Cathédrale. Né à Versailles en 1712, Charles Michel de l'Épée, de son vrai nom Lespée, est fils d'un architecte du roi. Il étudie le droit et devient avocat au parlement de Paris en 1733, puis entre dans les ordres. Il doit sa première rencontre avec les sourds à un hasard : vers 1760, à la mort du précepteur de deux sœurs jumelles sourdes et muettes, leur famille s'adresse à lui pour prendre en charge leur éducation. L'Abbé voit dans les gestes qu'elles échangent des signes représentant directement les idées. Il décide alors de regrouper dans une institution les enfants sourds, pensant que le groupe se créera nécessairement un moyen de communication. Ce sont bien les enfants eux-mêmes qui créeront alors leur langage des signes, l'abbé les aidant à le structurer pour qu'il reste compatible avec la syntaxe française. C'est de lui et de son œuvre qu'il est notamment question dans le film de Patrice Leconte, « Ridicule ». L'Abbé de L'Epée présente ses protégés au roi, faisant l'admiration de la cour : à sa mort, en 1789, la majorité des sourds-muets de l'Europe sont instruits grâce à ce langage, communiquant au-delà des barrières linguistiques sans besoin d'un traducteur ! Avant lui pourtant, les sourds-muets passaient pour des simples d'esprit. Juste avant sa mort, l'Abbé recevra de la toute jeune Assemblée Constituante l'engagement que l'État poursuivra son œuvre. Installé depuis 1794 rue Saint-Jacques à Paris, l'Institut National des Jeunes Sourds de Paris continue de nos jours la mission de l'Abbé. La statue installée aujourd'hui place de la cathédrale date de 1843, et fut commandée au sculpteur Michaud sur souscription d'une association de sourds-muets, en hommage à leur bienfaiteur et premier instituteur.
L'Abbé volant
La statue de l'Abbé de l'Epée, fondateur au XVIIIe siècle de la première œuvre d'éducation des sourds-muets, revient à Versailles. Deux dames passant à bicyclette s'interrogent sur l'identité de la statue que l'on est en train d'installer.
Source : Archives VersaillesPlus - VN1.pdf
Article extrait des archives VersaillesPlus (N°1 - Janvier 2007).




