Louis XIV avait pensé à tout, ou presque. Il avait pensé aux fontaines, aux allées rectilignes, aux bassins en miroir, aux charmilles taillées au cordeau, à la perspective infinie qui écrase l'horizon et rappelle à chaque visiteur la grandeur de celui qui a commandé tout ça. Il n'avait pas pensé à l'administration du XXIe siècle.
Résultat : les calèches, ces équipages qui donnaient au parc de Versailles une cohérence historique évidente — on visite un domaine royal du XVIIe siècle, on s'y déplace dans un véhicule d'époque, la logique est imparable — ont été bannies du parc au printemps. Sans bruit, sans débat public, avec cette discrétion que la bureaucratie réserve aux décisions qu'elle sait indéfendables si on les expose au grand jour.
L'argument invoqué est, selon toute vraisemblance, celui qu'on oppose toujours aux usages traditionnels : la protection des allées, le risque de dégradation des revêtements, la sécurité des promeneurs. Des arguments qui ne sont pas sans fondement, mais qui méritent d'être mis en balance avec ce qu'on perd : une expérience de visite cohérente, une animation qui rappelle aux touristes — et aux Versaillais eux-mêmes — que ce parc n'est pas un simple espace vert municipal mais un vestige vivant d'une civilisation de cour.
On peut protéger un patrimoine et le laisser vivre. On peut entretenir des allées et y faire circuler des calèches. On peut, en somme, faire les deux — si on en a la volonté. Mais il est souvent plus simple, plus confortable, moins risqué administrativement parlant, de supprimer que d'adapter. Cacher la difficulté sous le tapis réglementaire, et laisser le parc un peu plus vide, un peu plus muséifié, un peu moins lui-même.
Louis XIV avait dit : « Quand je donne une place, je fais un ingrat et cent mécontents. » Il aurait sans doute ajouté quelque chose sur les calèches.




