Ve r s a i l l e s + N°153 - Janvier 2023 22 CULTURE + Lorsque la Fronde éclate entre 1648 et 1653, faisant vivre une période noire au royaume de France en créant d’énormes tensions jusqu’aux plus près du Palais Royal, ce sont des souvenirs ineffaçables qui se créeront dans la mémoire du petit Philippe et de son frère, alors âgés de huit et dix ans. L’histoire raconte qu’un soir, alors que la lumière blafarde des chandelles aux bords des fenêtres du Palais -Royal éclairaient timidement les pièces, Philippe fut effrayé par ce qu’il apercevait dehors, s’en allant alors se réfugier dans les bras de son frère. L’enfant Roi tentant de le rassurer aussi bien qu’il puisse lui en être possible avec ses mots, ne parvenait à rien. Le serrant bien contre lui, le jeune Louis sortit alors son épée, et d’une grâce admirable accompagné d’un air aussi royal que sa prestance, rassura son cadet par des mots dont la consistance calma la nervosité du jeune Monsieur, qui finit par le raccompagner dans sa chambre. Louis XIV vit pour son métier de souverain, tandis que Philippe ne tient pas à cœur la fonction politique du pouvoir, n’ayant en rien l’obsession de régner sur le royaume, s’attachant de bon gré à obéir à son frère. Toute sa vie, et malgré d’inévitables tensions, il vouera un culte envers son frère, « Une véritable adoration » comme le dit Elisabeth-Charlotte de Bavière. Pas une fois il n’osera aller à l’encontre de ses ordres et de ses décisions car Philippe l’a bien compris, le Roi de France est l’élu de Dieu ! Mais malgré sa foi catholique sincère et son respect des règles ecclésiastiques, il ne sera jamais un dévot. En grandissant, le Duc d’Anjou s’affirme, et devient quasiment l’opposé de son frère. De petite taille, au visage fin doté de grands yeux bruns, les traits de son caractère se dessinent, notamment avec le culte de l’étiquette, son goût pour les parures, sa maniaquerie en tout genre, son air inquiet, irritable, mais également fêtard, très bavard, aimant la conversation et les jeux d’esprits, véritable commère, égocentrique, connu pour être incapable de garder un secret... Il prend également de plus en plus plaisir à fréquenter la gente féminine, plus pour leurs compagnies amicales que pour leurs charmes. La Palatine l’explique très bien : « Il aimait femmes pour compagnes et trouvait du plaisir à être auprès d’elles. Le Roi aimait à les voir de plus près, et non pas en tout honneur comme Monsieur. » A Madame de Motteville de préciser : « Il aimait être avec des femmes et des filles, à les habiller et à les coiffer : il savait ce qui serait à l’ajustement mieux que les femmes les plus curieuses. [...] Les plus dangereuses par leurs charmes vivaient avec lui aussi modestement que s’il eût été lui-même une dame. » Et Saint-Simon de conclure : « C’était un petit homme ventru, monté sur des échasses tant ses souliers étaient hauts, toujours paré comme une femme, plein de bagues, de bracelets et de pierreries partout, avec une longue perruque toute étalée devant, noire et poudrée et des rubans partout où il pouvait mettre, plein de sortes de parfums et en toutes choses la propreté même. » Il est vrai que, depuis l’enfance, Monsieur a un goût très prononcé pour tout ce qui touche à la féminité. Sa mère l’habille en petite fille dès son plus jeune âge, craignant alors qu’il ne puisse causer du tort à son frère, le Roi. Il continue plus tard à porter des robes, à placer des mouches sur son visage, et se voit être entouré de jeunes mignons plus séduisants les uns que les autres, dont parmi eux se trouve le célèbre Chevalier de Lorraine... Louis XIV accepte et tolère l’homosexualité de son frère, ne pouvant réellement faire autrement... Philippe entre tout juste dans la vingtaine, et un prince de son rang tel que lui doit se marier, il lui faut donc trouver une épouse afin d’assurer sa descendance... Il est non seulement le frère du Roi, mais également le principal héritier du trône à ce moment-là. Des prétendantes sont bien évidemment évoquées, dont Marguerite-Thérèse, la sœur de la Reine Marie-Thérèse, et l’une de ses cousines, la princesse Henriette d’Orléans. C’est cette dernière qui remporte la mise puisqu’ils se marient en 1661 au Palais Royal. Mais à défaut d’être comblée par son nouvel époux, c’est son beau-frère, le Roi, qui a sa grande surprise découvre en elle une jeune fille forte séduisante, qui en profite d’avantage, animant alors toutes les conversations des couloirs du palais... Philippe et Anne Ve r s a i l l e s + N°153 - Janvier 2023 23 CULTURE + ont trois enfants mais en 1670, elle meurt mystérieusement à l’âge de 26 ans, soupçonnée d’avoir été empoisonnée. Il faut alors remarier le prince veuf, et c’est en la personne de la très charismatique princesse allemande Elisabeth-Charlotte de Bavière, dit « La Palatine », que le Roi trouve l’heureuse élue. Étonné au premier abord, Monsieur s’en accoutume, mais ne lui montre guère d’attentions, sauf pour en assurer une descendance. Ce couple atypique donne naissance à trois enfants, dont le futur régent Philippe d’Orléans. Mais là où Monsieur joue un véritable rôle, c’est dans ce que l’on appelle « Le Cérémonial ». Véritable fervent de l’étiquette royale à la cour, c’est lui qui en règle les moindres détails. Des bals et des fêtes sont données au Palais Royal et au château de Saint-Cloud, ce dernier lui étant offert par le Roi en 1658. En sa présence, ces demeurent royales gagnent leurs réputations de plus belles résidences de France ! Par moment absent, c’est Philippe qui délègue le Roi dans certains évènements publics à Paris afin de représenter la famille royale. Mais Louis XIV ne voit pas cela d’un très bon œil, et s’aperçoit que la personnalité de Monsieur prend beaucoup de place, un peu trop à son goût... Jaloux, il veille à ce que tout cette ferveur autour de son frère ne déborde pas sur l’image militaire mais de par son rôle, Monsieur se doit de commander des troupes, et il se révèle être excellent à la tâche, et remporte la victoire de la guerre de Hollande contre le prince d’Orange en 1677, faisant de lui un véritable héros lors de son retour à Paris ! Ce sera malgré lui sa dernière victoire puisque par une jalousie extrême, le Roi lui retire tout commandement et tout pouvoir militaire à partir de ce jour-là, lui demandant de « rester à sa place » ... Malgré cela, un amour très profond unit les deux frères, mais Louis ne peut s’empêcher, et cela peut-être par sentiment d’infériorité non assumé, de moquer Monsieur lors d’événements publiques, ou bien encore de lui refuser certaines charges... La pression qu’il fait ressentir à Philippe est énorme, et dépendant financièrement de son frère, il est comme qui dirait, les poings liés... Monsieur a depuis toujours la folie des grandeurs, sans jamais connaitre le prix de l’addition puisque celle-ci revenait à son frère... Une réelle dépendance le lie à son frère, allant jusqu’à accepter malgré lui, que son fils le duc de Chartres, épouse la fille du Roi Mademoiselle de Blois, bâtarde légitimée. Cela ne se fait pas sans peine puisque Monsieur, ainsi que sa femme Elisabeth-Charlotte, trouvent cette union tout simplement indigne et scandaleuse. Mais l’influence du Roi sur le marquis d’Effiat, l’un des favoris de Monsieur, aura suffi pour convaincre son frère... L’union n’est pas heureuse, et le Duc de Chartres se voit être très infidèle à sa femme, ce qui ne plait pas du tout au Roi qui reproche publiquement son comportement ! C’est comme cela que le 8 juin 1701, alors en visite au château de Marly, Philippe, âgé maintenant de soixante ans, vide son sac rempli de frustrations et de rancunes accumulées sur toute une vie envers son frère. Il lui tient tête, ce qui provoque une altercation très animée, et s’offusque de la façon dont son fils est traité, rappelant au Roi qu’il est bien le dernier à pouvoir donner des leçons de fidélité... Ce sera la dernière fois qu’ils se verront. A la fin de cette dispute, Monsieur claquera la porte du château de Marly afin de regagner son château de Saint-Cloud. Les frères se quitteront sur des mots assassins, et les deux seront blessés par cette entrevue. Lorsque Monsieur arrivera à Saint-Cloud, il s’effondrera par une attaque, très sûrement due à une trop forte émotion... En pleine nuit, lorsque Louis XIV apprendra ce qui s’est passé, il se rendra directement à son chevet, et verra son frère allongé devant lui, en vie mais totalement inconscient. Le Roi ressentira une tristesse énorme, et laissera sa peine surgir par des larmes ne pouvant alors plus s’arrêter sur le visage décomposé du monarque... Au matin du 9 juin 1701, Monsieur remettra son âme à Dieu afin de gagner les cieux, passant pour la première fois de sa vie devant son frère, le grand Louis le quatorzième... Ii vous désirez en apprendre plus sur Philippe d’Orléans, je vous conseille ces deux biographies, toutes les deux parues aux éditions Perrin : Philippe Erlanger Elisabetta Lurgo Monsieur, frère de Louis XIV Philippe d’Orléans, frère de Louis XIV
Les Fantômes De Versailles
Ve r s a i l l e s + N°153 - Janvier 2023 22 CULTURE + Lorsque la Fronde éclate entre 1648 et 1653, faisant vivre une période noire au royaume de France en créant d’énormes tensions jusqu’aux plus près du Palais Royal, ce sont des souvenirs ineffaçables qui se créeront dans la mémoire du petit...
Source : Archives PDF VersaillesPlus
Article issu de la veille automatisée.





