Versailles et le vin. L'association paraît saugrenue — on imagine plutôt les jardins de Le Nôtre en territoire de promenade aristocratique que de viticulture laborieuse. Et pourtant, il y a des vignes au Château. Des vraies, taillées, soignées, vendangées. Un vigneron officiel, avec titre et mission. Et le personnage est à la hauteur du paradoxe : Jean-Louis Croquet, fondateur du pub O'Paris, beau-père de Sofia Coppola — la réalisatrice de Lost in Translation, fille de Francis Ford Coppola, autrement dit l'une des familles les plus célèbres du cinéma mondial.
On ne saurait rêver meilleure incarnation du mélange versaillais : le grand siècle et la pop culture, la vigne royale et le pub irlandais, le patrimoine classé et le réseau hollywoodien. Versailles a toujours été ce lieu improbable où les trajectoires les plus diverses finissent par se croiser, où les Premiers ministres de la République passent leurs week-ends et où un vigneron amateur de Guinness perpétue une tradition viticole que l'on croyait réservée aux monastères bourguignons.
Le bon vin ne saurait mentir, dit-on. Celui du Château de Versailles, s'il tient ses promesses, aura au moins le mérite de rappeler que la ville n'est pas un décor figé dans l'ambre du XVIIe siècle — mais un territoire vivant, habité, cultivé dans tous les sens du terme.





