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Mai 2018 - N°108
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Mai 2018 - N°108

14 E n aout 1744, le roi Louis XV qui est à Metz, en campagne sur le front lorrain, tombe gravement malade, accablé de fièvre et de maux de tète. Du 4 au 15, jour de l’Assomption, son état ne cesse d’empirer. Au point que lui est délivrée l’extrême onction. Le « parti dévot » à la Cour a vu là...

Jean-Baptiste Giraud1 janvier 2015 à 00:004 vues

14 E n aout 1744, le roi Louis XV qui est à Metz, en campagne sur le front lorrain, tombe gravement malade, accablé de fièvre et de maux de tète. Du 4 au 15, jour de l’Assomption, son état ne cesse d’empirer. Au point que lui est délivrée l’extrême onction. Le « parti dévot » à la Cour a vu là l’occasion de laver la honte des frasques notoires du jeune souverain (34 ans) qui entretient alors deux maitresses officielles, les sœurs de Nesle.Une autre de celles-ci est morte en couches des œuvres royales en 1741 et la plus adulée, Marie Anne, a été faite duchesse de Châteauroux. Alors le roi, à l’agonie, se repend avec pompe et décorum. Il promet, s’il survit par miracle et selon les insondables desseins de la Providence, de mener une vie enfin pure c’est-à-dire décente, auprès de sa tendre mais bien âgée et peu folichonne épouse, Marie Leszczynska qui lui a donné dix enfants, dont huit filles. Et il se rétablit peu à peu sur la fin du mois. Tenu par sa promesse, prisonnier de son repentir affiché, il renvoie donc les deux sœurs si suaves mais aussi …son premier aumônier, qui poussa tant, ces jours de Metz, à rendre sage le royal moribond. On aura deviné que ce grand gaillard (1,80 m, 80 kg), reprenant goût à la vie, ne tarde pas à succomber de nouveau aux flèches de Cupidon. Pire, il tombe l’année suivante, « vraiment » amoureux, d’une Jeanne Antoinette Poisson, épouse le Normant d’Etiolles, aussi fine que jolie, brillante, exquise, fort lancée dans les milieux de la haute finance et des beaux esprits, celle qu’il fera marquise de Pompadour puis duchesse de Ménars. Tout ce que la Cour compte de dévots patentés, et il n’en manque pas, se ligue en une faction animée par le dauphin Louis qui hait carrément la Pompadour, incarnation du démon et, dirions nous, de la « gauche caviar ». Ajoutons que bien des gens de l’entourage s’étonnent aussi de ce que le roi accorde, à la fin de la guerre dite de succession d’Autriche (1740-48) une paix fort généreuse aux puissances vaincues, en particulier à l’Angleterre, pour instaurer un équilibre durable du continent, régi depuis Versailles. Il laisse le meilleur butin (la Silésie) à l’allié prussien, un affreux protestant, ami des esprits forts. On ameute donc par libelles l’opinion contre la paix « bête » et le fait de s’être « battu pour le roi de Prusse » (l’expression fut si bien reçue qu’elle a survécu jusqu’à nous). Et c’est le début de la fin de la popularité du « bien aimé » Louis XV, à l’heure même ou le royaume, autrement dit la France, atteint sans doute le sommet de sa puissance et de son influence en Europe. Dans ce contexte ou le roi s’est coupé d’une bonne partie des siens, famille, Conseils et Cour, va naître une fantastique rumeur, un redoutable mécanisme, dirions nous, de « fake news », connu sous l’étrange appellation de « Parc aux cerfs » (disons plutôt aux biches en l’espèce). Elle désigne le lotissement de l’actuel quartier St Louis ainsi nommé en raison de la réserve de gibier établie en ces lieux sous Louis XIII et qui fonctionna jusqu’à la fin du XVIIeme siècle. En 1755, le roi y acquit par le biais d’un prête nom, une maison et jardin à l’actuel n° 4 de la rue st Médéric Dans la légende courante, cela devint : Louis XV entretenait et visitait des gamines au Parc aux cerfs, s’y rendait la nuit tombée et les folles orgies du lieu étaient organisées par La Pompadour, lasse voire frigide, débarrassée ainsi de répondre aux trop insistantes assiduités de son illustre amant. Ce conte à dormir debout se répandit telle la calomnie de Beaumarchais et vogua, entre autres, jusqu’à l’histoire de France de Michelet, sans préjudice de nombreux épigones. En réalité, loin de la « centaine de petites maîtresses », on ne connait dans la période de 1750 à 65 qu’une dizaine de filles faciles identifiables, certes jeunes mais nubiles, livrées en douce au La légende du Parc aux cerfs Mme de Pompadour vers 1755 par Maurice Quentin de La Tour – Musée du Louvre CITÉ

Source : Archives PDF VersaillesPlus

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