9 © Studio Géhin adjointe du conseiller pour l’éducation, la culture et les cultes - qui était alors Christine Albanel - puis chargée de mission et conseiller technique. Elle devient aussi l’une des plumes du Président. C’est dans ce cadre qu’elle rencontre Vladimir Poutine dès sa première visite en octobre 2000 : ce dernier apprécie d’avoir parmi ses interlocuteurs une jeune femme parlant si parfaitement sa langue. Et Héléna est intriguée par ce personnage, à la simplicité apparente. En 2005 elle part avec son mari et leurs trois enfants - ils en ont cinq aujourd’hui - à Saint-Pétersbourg, ville natale de Poutine, où elle va diriger le centre culturel français. Son séjour et sa mission vont lui permettre de rencontrer quelques figures de l’entourage du président russe, de son passé pétersbourgeois lorsqu’il travaillait à la mairie de la ville au côté d’Anatoly Sobtchak, père de l’une des candidates de l’élection présidentielle russe. De mieux comprendre aussi l’alchimie singulière de cette ville, à la fois très européenne, construite par des architectes français, allemands et italiens essentiellement, et très liée à l’histoire soviétique, en particulier à l’épisode de la deuxième guerre mondiale, appelée en russe « Grande Guerre Patriotique ». Au cours de sa mission, Héléna va transférer l’Institut français sur les Champs-Elysées pétersbourgeois, la perspective Nevsky. Clin d’oeil inattendu de l’histoire : elle va découvrir que l’immeuble qu’elle a choisi est l’adresse natale de Sacha Guitry ! Là encore Versailles n’est pas loin : elle fera projeter « Si Versailles m’était conté » pour l’ouverture de l’Institut en janvier 2008 à cette nouvelle adresse de prestige. Mais la deuxième guerre mondiale n’est pas loin non plus : à deux pas de l’Institut se trouve encore aujourd’hui une plaque émouvante en l’honneur du courage et de l’héroïsme des habitants de la ville qui ont subi entre 1941 et 1944 un terrible blocus, un calvaire de 900 jours qui a profondément marqué les esprits de tous les habitants de Leningrad. Héléna Perroud le dit : on ne peut comprendre Poutine sans référence à ce blocus auquel ont survécu par miracle sa mère et son père, mais pas son frère aîné qu’il n’a jamais connu, mort à l’âge de trois ans. Un blocus qui a divisé par quatre le nombre des habitants de la ville. Cet homme qui inquiète autant qu’il fascine, qui exerce un pouvoir quasi absolu depuis dix-huit ans et qui a toute chance de le conserver lors de la prochaine élection, Héléna Perroud cherche à le comprendre et surtout à comprendre sa popularité, après ses trois mandats de président et un mandat de premier ministre, à l’aune de ce qu’elle connaît des réalités de la Russie. Une des clés de cette popularité réside peut-être dans le fait qu’il est d’abord un homme ordinaire dans lequel tous les Russes peuvent se reconnaître. D’origine modeste avec un grand père cuisinier à l’Astoria, des parents ouvriers, il est le fils de l’histoire douloureuse de son pays, il a connu les appartements communautaires, il a connu l’effondrement de l’URSS. Après 15 ans dans les rangs du KGB et 6 ans au service de sa ville redevenue Saint-Pétersbourg, il part à Moscou en 1996 et gravit rapidement les échelons jusqu’à sa nomination comme président par interim le 31 décembre 1999. Depuis le début du nouveau siècle, il entreprend inlassablement de redonner une place de premier plan à un pays qui avait reculé, à la fois en territoires et en potentiel économique, où l’exploitation de ses ressources naturelles prenait le pas sur le développement de l’industrie. Le niveau de vie de la population s’est amélioré, certes, mais le rattrapage des grandes nations n’est pas évident. C’est le patriotisme qui semble être le fil directeur de son action ; Poutine dit lui-même que c’est ce qu’il a appris de plus important au KGB. Héléna rappelle qu’en russe le mot « patrie » s’écrit avec une majuscule quand le mot « Etat » s’écrit avec une minuscule, il n’est pas indifférent de le savoir. Et il ne faut pas oublier que la démocratie russe est encore très jeune, l’élection présidentielle du 18 mars 2018 ne sera que la septième élection au suffrage universel. Pour Héléna Perroud, les sanctions récentes des Occidentaux depuis l’annexion de la Crimée sont une hérésie : leur efficacité est contestable, d’autant qu’elles nuisent à certains de nos exportateurs. Et, dans le monde présent, avec ses incertitudes et ses conflits, elle souligne qu’il serait grand temps de prendre conscience de la dimension qu’aurait une grande Europe, alors même que seuls deux pays du vieux continent ont un siège permanent au Conseil de sécurité, la France et la Russie. Il existe selon elle « un amour immodéré de la France en Russie, qui est en partie enfoui, parce qu’on n’a pas su l’exploiter. Il y a un siècle, les Russes cultivés parlaient français. Et encore aujourd’hui, lorsqu’on arrive à l’aéroport de Saint Petersbourg, les publicités sont rédigées dans notre langue ». Helena Perroud s’est ainsi fixé une autre ambition : œuvrer au rapprochement entre les deux pays. En 2010 et 2012 elle avait fait venir à Montansier la plus grande ballerine russe, l’Etoile du Marinsky Ouliana Lopatkina. Aujourd’hui elle a pris sa retraite de l’éducation nationale et créé une entreprise de conseil aux entreprises pour développer des relations mutuelles. Elle manifeste l’enthousiasme qui la caractérise devant les résultats qu’elle a déjà obtenus et le sentiment qu’elle est sur la bonne voie. Michel Garibal Un Russe nommé Poutine Héléna Perroud Editions du Rocher HISTOIRE
Mars 2018 - N°106
9 © Studio Géhin adjointe du conseiller pour l’éducation, la culture et les cultes - qui était alors Christine Albanel - puis chargée de mission et conseiller technique. Elle devient aussi l’une des plumes du Président. C’est dans ce cadre qu’elle rencontre Vladimir Poutine dès sa première visite...
Source : Archives PDF VersaillesPlus
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