Versailles et le cinéma (3) ! Versailles et le cinéma (3) ! S ur les 170 films tournés depuis 1904 au Château de Versailles le film de Sacha Guitry reste un des plus emblématiques. Cette œuvre, cette épopée, qui retrace l’histoire du château de Versailles depuis ses origines jusqu’à la Révolution française, est la résultante du contexte particulier lié à l’après-guerre dont la France se relève difficilement. La 4‘eme République est de plus un régime politique instable…il faut donc fédérer les Français autour d’une grande fresque historique….et accessoirement remettre en selle un cinéaste un peu décrié après l’Occupation. Le film est donc quasiment un monument historique dès sa conception : il faut rappeler qu’il a été réalisé avec l’appui du ministre de l’éducation nationale de l’époque Jean Berthoin et surtout celui du secrétaire d’état aux beaux arts André Cornu – président du tout nouveau comité pour la sauvegarde du château de Versailles. D’ailleurs le nom d’André Cornu restera dans l’histoire, certes lié à son action du démarrage de la rénovation du Château de Versailles, mais aussi pour la nomination de Jean Vilar à la direction du TNP (théâtre National populaire, la relance les manufactures de Sèvres et d’Aubusson et la modernisation du conservatoire national de musique. A l’occasion du premier tour de manivelle en juillet 1953 une fête sera donnée « au Palais de Versailles « (dixit) le 10 juillet de 19h à 20h avec la présence des acteurs, commanditaires, ministres et du député maire de l’époque de Versailles André Mignot. Puis avec Sacha Guitry tout va très vite : le scénario a été en effet écrit au printemps 1953 et le film sera tourné du 6 juillet au 6 septembre de la même année. Le film sera une suite de sketches historiques avec en voix off Sacha Guitry qui joue au choix soit le voyeur soit le guide : « (…) Sont là, madame de Pompadour, Voltaire et Fragonard. Assise, elle se tient immobile, car Fragonard fait son portrait - tandis que monsieur de Voltaire, du fond de son fauteuil, dit des merveilles - ou des horreurs, qui sont encore des merveilles. VOLTAIRE. - Oui, madame, Dieu nous a fait à son image - et nous le lui avons bien rendu d’ailleurs ! Louis XV est entré, magnifique et discret, sans qu’on l’ait remarqué. LE ROI. - Voltaire et Fragonard : la France ! Voltaire fait mine de se lever. LE ROI. - Non, non, restez, restez. Je ne veux pas qu’on se dérange. D’abord, je m’en voudrai d’interrompre un travail qui déjà nous annonce un chef d’œuvre - et je tiens en outre à me délecter du spectacle qui m’est offert : madame de Pompadour pose pour Fragonard tandis que monsieur de Voltaire blasphème en souriant - et c’est ce tableau là qu’il conviendrait de faire... » La distribution fut à la hauteur de l’ambition politique qui animait le film. Claudette Colbert joue la Montespan, favorite d’un Louis XIV un peu vieillissant et grincheux incarné par un Sacha Guitry qui en fait des tonnes. Jean Marais prête son visage à Louis XV, aux côtés d’une Micheline Presle froufroutante en madame de Pompadour. Des visages peu connus y font des apparitions : Gérard Philipe sera d’Artagnan et la révolutionnaire échevelée Édith Piaf chante à tue tète juchée sur les grilles du Château Ah Ça ira !…Quant à Laurence Olivier qui avait été engagé pour personnifier le duc de Marlborough, il n’avait pas pu se rendre libre et le rôle fut tout simplement supprimé du scénario. Le film fut tourné dans les salles du château même, entre 17 heures et 5 heures du matin. L’équipe de tournage suivait de près les derniers visiteurs dès 16h30 et se mettait en place dès la fermeture d’une salle à 17h00. De nombreuses scènes qui ont été filmées la nuit ont permis comme cela à certains acteurs qui tournaient sur d’autres lieux de tournage ou qui se produisaient sur des scènes de théâtre à Paris, de pouvoir figurer au générique. Certes Sacha Guitry a pris « quelques » libertés avec l’histoire de France : il oublie complètement l’époque de la Régence (politiquement incorrecte ? il faudra attendre l’excellent film « Que la fête commence » de Bertrand Tavernier sorti en 1975, avec Philippe Noiret, Jean Rochefort et Jean-Pierre Marielle pour que cette période redevienne fréquentable), et escamote allègrement le personnage de la comtesse du Barry, la dernière favorite de Louis XV. Quant à Louis XIV, à bout de souffle sur son lit de Voici les coulisse d’un film culte : « si Versailles m’était conté » de Sacha Guitry, film sorti à Paris le 10 février 1954. HISTOIRE+
Mars - N°124 + 10
Versailles et le cinéma (3) ! Versailles et le cinéma (3) ! S ur les 170 films tournés depuis 1904 au Château de Versailles le film de Sacha Guitry reste un des plus emblématiques. Cette œuvre, cette épopée, qui retrace l’histoire du château de Versailles depuis ses origines jusqu’à la Révolution...
Source : Archives PDF VersaillesPlus
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