14 En 1880, les Etats unis, ou dix Etats du centre et de l’ ouest ne sont toujours pas entrés dans l’Union, sont encore largement ruraux et à peine plus peuplés que la France M ais l’essor est ensuite fulgurant : en 1900,le rapport des populations est cette fois presque du simple au double avec la France (75 millions contre 41 millions d’habitants) et la dynamique se poursuit ensuite sur une seule rive de l’Atlantique, la stagnation, sur l’autre (130 millions d’habitants aux EU contre 41, 5 millions en France en 1936). L’essor américain ne fut pas lié au seul « suicide » de l’Europe et en particulier de la France au travers de la Grande guerre. Il avait sa logique propre très puissante, engagée depuis plusieurs décennies, faite d’un affairisme débridé, colossal et d’une immense capacité d’invention de la modernité économique comme culturelle. Dans les deux plus grandes villes américaines d’alors (New York et Chicago) les gratte ciels poussent et les familles de la haute société européenne y marient de plus en plus souvent leurs filles. Cependant, c’est là un fil bien ténu ; l’ignorance et l’indifférence réciproque sont la règle. Tout va changer avec le déploiement à la fin de la Grande guerre du Corps expéditionnaire américain dirigé par le général Pershing. Par Brest, Bordeaux, Cherbourg, ce sont pas moins de 2 millions de jeunes américains qui débarquent en France et dont les effectifs au front sont de plus en plus conséquents (un peu moins de 100 000 soldats au début de l’été 18, plus de 400 000 à l’automne) tout comme hélas les pertes : il y aura 53 000 GI ‘s tués au combat sur notre sol. La découverte de la France est, en tout cas, devenue un fait de masse. Elle alimentera les souvenirs et les récits en famille outre Atlantique. En France, cette présence militaire rend aussi sensible à l’homme de la rue qu’un nouveau monde existe et qu’il va peser lourd. Lui l’a compris depuis des années, bien avant la guerre, le très démuni conservateur en chef du musée du château de Versailles, Pierre de Nolhac, en poste depuis 1892. La République le couvre de bonnes paroles, les officiels défilent dans le « plus grand château du monde » mais il leur cache poliment ses misères : peu de mobilier, les décors qui s’effritent, les peintures écaillées, les toitures qui fuient, les bosquets proches de l’abandon, les statues usées, les jardins souffreteux … Oui, il faut séduire le nouveau monde et y trouver cette manne dont on ne dispose plus ici, orienter vers le palais de nos rois d’hier la menue monnaie des rois d’aujourd’hui, ceux de l’acier, du pétrole, de l’électricité et du reste. Pour cela, notre conservateur érudit se révèle futé et, au fond, très moderne, déployant dirions nous, une véritable « stratégie de communication ». Il fera d’abord vibrer la corde historique : Versailles berceau de l’ indépendance américaine, puisque de l’alliance décisive du royaume avec les insurgents (1778) au traité vainqueur de 1783 créant les Etats Unis, tout s’est passé ici même. Il multiplie aussi les ouvrages racontant Versailles (quinze au total de 1893 à 1918) en une vulgarisation de haute qualité, des livres bien illustrés (ex : les jardins de Versailles 1906), parfois traduits en anglais. Il comprend aussi le rôle moteur du tourisme haut de gamme, fort prescripteur : la création de l’hôtel Trianon palace en 1910 est donc suivie de près (visites privées du domaine pour les VIP, raccord des « événements » du château et de ceux de l’Hoel …). Le fait que ce palace soit à partir de l’été 1917 le siège du GQG allié assure, entre les briefings, une belle noria d’étoilés dans le parc royal attenant. Mais le plus fort est à venir : Pierre de Nolhac, qui approche de la retraite, va contribuer à convaincre Clemenceau en personne que la Conférence de la paix, au terme du conflit, doit se tenir à Paris mais aussi … à Versailles ! Occasion de financer quelques travaux des plus urgents et surtout fantastique publicité pour le domaine : hommes d’Etat dont le président américain Wilson, diplomates, officiers, journalistes du monde entier vont en effet défiler pendant des mois, de janvier 1919 à juillet 1920. Et la photo de la signature du traité de Versailles avec l’Allemagne, le 26 juin 1919, va faire le tour de la planète. Pierre de Nolhac, devenu peu après académicien, verra de loin la suite : les fortunes américaines défilent plus que Pershing,Wilson et Rockefeller : le grand retour de l’Amérique à Versailles (1918 – 1924) Thomas Woodrow Wilson, né à Staunton (Virginie) le 28 décembre 1856 et mort à Washington, D.C. le 3 février 1924, est le vingt- huitième président des États-Unis. Il est élu pour deux mandats consécutifs de 1913 à 1921. John Pershing (1860-1948) militaire américain, il est le seul général, avec George Washington (à titre posthume en 1976), à avoir obtenu le grade de General of the Armies. HISTOIRE
Octobre 2018 - N°111
14 En 1880, les Etats unis, ou dix Etats du centre et de l’ ouest ne sont toujours pas entrés dans l’Union, sont encore largement ruraux et à peine plus peuplés que la France M ais l’essor est ensuite fulgurant : en 1900,le rapport des populations est cette fois presque du simple au double avec la...
Source : Archives PDF VersaillesPlus
Article issu de la veille automatisée.





