11 A l’arrière, c’est l’épuisement. Toutes les denrées ou presque sont taxées et rationnées. On manque de viande, de sucre, de chaussures. Les femmes font la queue pendant des heures, poussent la brouette jusqu’à l’hôtel de ville où les attendent un peu de bois, des haricots et des lentilles. Les surfaces cultivées ne suffisent plus. Le gouvernement invite jeunes filles et petites filles des villes à devenir volontaires agricoles, à consacrer quelques heures en semaine et le dimanche pour mettre en culture de nouveaux terrains. Le gouvernement encourage aussi à manger des prunes pour favoriser l’économie de l’allié italien. Par peur du lendemain, la population thésaurise la monnaie. Bientôt, faute de nickel, les groupements de commerçants créent des monnaies de nécessité en zinc ou même en carton. C’est le cas à Versailles. La présence rassurante des Alliés La présence alliée est sensible à Versailles où la population rencontre chaque jour des soldats anglais ou américains. Dans la contre-allée de l’avenue de Saint-Cloud, le long des Grandes-Ecuries, une Société américaine a installé en juin un foyer du soldat pour les militaires anglais et américains en garnison à Versailles. Ecoliers et lycéens regardent des soldats américains jouer au base- ball dans le parc du Château et ne comprennent pas les règles. La venue du président Wilson lui-même, le 4 mai, avec 32 parlementaires travaillistes, flatte les versaillais qui les aperçoivent entrant au Château. L’ « Independance day », le 4 juillet, est fêté avec enthousiasme. La bibliothèque populaire de Versailles offre à cette occasion une série de conférences dans la salle des fêtes de l’hôtel de ville. Des petits drapeaux des U.S.A. sont brandis par des adolescents. Le patriotisme ne faiblit pas. Le dimanche 26 mai, au lycée Hoche, c’est la grande fête de l’Union sacrée. Le crépuscule de l’armée allemande Militairement, des victoires, mais à quel prix ! Avec le retour à la guerre de mouvement, le nombre de morts augmente. La population versaillaise très inquiète trouve dans la presse des raisons de se rassurer, mais on cache beaucoup de drames au public. Avec la paix signée entre l’Allemagne et la Russie, l’occident s’inquiète de savoir Guillaume II les mains libres. Les violentes attaques allemandes en Picardie sont repoussées en avril avec l’aide des Anglais, des Américains, des Australiens ; une seconde offensive allemande est stoppée au « Chemin des Dames » en mai, puis enfin une troisième autour de Reims en juillet. L’ensemble des contre-offensives est dirigé par le général Foch. Mais les bombardements chassent de chez elles les populations qui affluent dans les gares parisiennes. Fin septembre, les forces alliées, renforcées par un corps expéditionnaire américain, font fortement reculer les troupes allemandes. La sécurité contre la peur Quand fin juin, les allemands avancent, les obus de la « grosse Bertha » explosent en Ile-de-France : c’est la peur et l’exode de 300 000 habitants qui prennent d’assaut les gares pour gagner l’ouest du pays. En septembre, des mesures de sécurité sont prises : des patrouilles de soldats français en armes, des patrouilles anglaises circulent toutes les nuits dans les rues de Versailles. L’autorité militaire américaine place également des « policemen » reconnaissables au petit gourdin fixé à leur poignet et au chien qui les accompagne. On a retiré leurs armes à tous les ouvriers coloniaux. Pour la population civile, des abris sont décrétés dans des caves d’immeubles, avec indication du nombre de personnes à accueillir et dont la liste est placardée à la Mairie. Les concierges renâclent à laisser enter « n’importe qui » ; en juin est décidée la construction de deux abris souterrains à Porchefontaine qui en manque. Mais un autre ennemi, implacable, a fait son entrée, la grippe espagnole On croit d’abord qu’elle se limite à l’Allemagne. Mais des Annamites ont été contaminés à Marseille, à Chartres et à la fin août, la presse parle d’une « petite épidémie ». Quand les décès s’accumulent, surtout chez les jeunes, c’est l’affolement. La grippe, due à un pneumocoque est brutale, violente et mortelle. Les conseils de prévention et autres médications diffusées dans la presse parfois par des charlatans, quinine, huile de ricin, aspirine, rhum, fumigations d’essence d’anis, de girofle, rien n’y fait. Les visites ne sont plus autorisées dans les hôpitaux. On recommande de rester chez soi le plus possible. En octobre, pic de l’épidémie, la vie s’arrête. Médecins et pharmaciens sont débordés. Ils espèrent en un hypothétique vaccin. L’épidémie va durer jusqu’en mai 1919. Le 10 octobre 1918, la « ligne Hindenburg » est prise par les Alliés. Enfin, le bout du tunnel ? Marie-Louise Mercier-Jouve Source : presse de Versailles et de Seine et Oise, archives départementales des Yvelines. Chronique des années de guerre : du printemps à l’automne 1918 L’attente du bois à la Mairie. Bibliothèque municipale de Versailles HISTOIRE
Octobre 2018 - N°111
11 A l’arrière, c’est l’épuisement. Toutes les denrées ou presque sont taxées et rationnées. On manque de viande, de sucre, de chaussures. Les femmes font la queue pendant des heures, poussent la brouette jusqu’à l’hôtel de ville où les attendent un peu de bois, des haricots et des lentilles. Les...
Source : Archives PDF VersaillesPlus
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