6-7-N°11-People 6/04/08 18:37 Page 2 S aviez-vous que le domaine de Madame Elisabeth, ave- nue de Paris, avait appar- tenu à une femme de cœur exceptionnelle, respectée, admi- rée de ses pairs, aimée et vénérée des plus humbles. Sa bonté l'avait rendue si populaire que même Robespierre essaya de la sauver de la guillotine. Née le 3 mai 1764 à Versailles, du Dauphin Louis-Ferdinand et de Marie-Josèphe de Saxe, Elisabeth est la dernière petite-fille de Louis XV. Orpheline dès trois ans, elle assiste à seulement dix ans au sacre de son frère Louis XVI, âgé lui de vingt ans. Une tendre affec- tion les unira jusqu'à la mort. Un sacré caractère Petite, « Madame » Elisabeth, comme on appelle les filles et petites-filles de roi, a un caractère bien marqué et des idées très arrêtées. Pleine de morgue et paresseuse, la petite fille a bien conscience de son rang princier et refuse d'apprendre à lire et à écrire, arguant qu' « une prin- cesse de France aura toujours quelqu'un pour lui lire des contes » ! Heureusement, la ten- dresse de sa sœur Clotilde, l'ami- tié d'Angélique de Mackau, fille de sa gouvernante, et l'excellente influence de cette dernière, appri- voisent la jeune princesse. Avec Angélique, sa meilleure amie, elle suit les cours des dames de Saint- Cyr, école fondée par Madame de Maintenon pour l'éducation des jeunes orphelines de petite noblesse. Elisabeth s'y épanouit. En plus des études classiques, du dessin et du clavecin, elle apprend à tenir une maison, à raccommoder, à broder des draps, à balayer, à allumer un feu, à faire cuire un pot-au-feu, etc. Notions qui lui serviront lorsqu'elle sera emprisonnée au Temple. Généreuse, elle se prive d'étrennes pendant cinq ans pour doter une jeune fille de sa maison qui souhaite se marier. Très pieuse, elle se lève à l'aube pour galoper à Saint-Cyr et y assister à la messe. Excellente cavalière, infatigable, elle parcourt les bois à cheval dans les sentiers défon- cés autour de Versailles. D'une grande gaîté, elle est le boute-en- train de la famille royale. La Cour est jeune et très gaie en ce début de règne. La providence de Montreuil La mode est aux résidences de campagne : Marie-Antoinette à Trianon, la comtesse de Provence, sa belle-sœur à Montreuil. Nous sommes en 1781, Elisabeth a dix- sept ans et il est temps de lui donner un chez elle. Justement, le Prince de Guéméné vend sa maison de Montreuil. Le Roi la rachète et l'offre à sa sœur. La demeure a deux étages ; au rez- de-chaussée, une chapelle circu- laire, un escalier à double révolu- tion, un billard (Elisabeth y joue beaucoup), une salle de musique, une salle à manger; au premier, des pièces lambrissées. Une modeste maison communique avec le jardin. Elisabeth l'offre à Madame de Mackau. Un petit pavillon proche est destiné au fidèle docteur Le Monnier, savant botaniste et premier médecin de Louis XVI, qu'Elisabeth accompa- gne depuis son enfance dans les serres et les bois, et qui lui a appris la botanique. A partir de ce moment Elisabeth devient la pro- vidence des habitants de Montreuil. Elle fait installer une ferme, une laiterie, une basse- cour et un potager. N'ayant pas la permission d'y dormir avant ses vingt-cinq ans, Elisabeth y vient chaque jour après la messe pour prendre son petit-déjeuner et passer la journée. Aidée de quel- ques amies et du fidèle Le Monnier, elle monte un dispen- saire et reçoit tous les nécessi- teux. Elle apprend à panser les plaies, distribue des œufs, du lait, des fruits, des légumes et des vêtements. Elle passe sa vie à faire le bien autour d'elle. L'hiver 1788-89 est terrible : le froid est intense. « La Seine était gelée, les routes impraticables, les vivres n'arrivaient pas, le blé man- quait », peut-on lire dans les mémoires de Mademoiselle de Mirecourt. Elisabeth distribue des vêtements chauds mais les enfants de Montreuil n'ont plus de lait. La Princesse fait venir de Suisse d'excellentes vaches laitiè- res, puis un vacher, Jacques Bosson, et ses parents. « Le lait de ses vaches appartient aux petits enfants, lui dit-elle. Moi-même je ne me permettrai d'y goûter que lorsque la distribution aura été faite à tous ». Toujours attentive, Elisabeth voit Jacques devenir triste. Après une enquête dis- crète, notre Princesse comprend que sa fiancée est restée en Suisse. Qu'à cela ne tienne : Jacques aura sa promise et Montreuil sa laitière ! On marie les jeunes gens à Saint- Symphorien et on les installe dans un pavillon près de la laite- rie. Elisabeth sent que ses jours à Montreuil sont comptés. La révo- lution couve ; le 4 mai, le Roi a ouvert les Etats-Généraux par une grande procession de Notre- Dame à Saint-Louis et la Reine y a été insultée. Le 14 juillet a vu la prise de la Bastille et le massacre de son gouverneur. Le frère du Roi et ses fils ont quitté la France sur ordre de Louis XVI pour se mettre en sûreté. Madame Elisabeth refuse de les suivre. Sa décision est prise : quoiqu'il arrive, elle partagera le sort de la famille royale. Lorsque l'insurrec- tion d'octobre amène les femmes de Paris et des brigands à Versailles, Elisabeth accourt de Montreuil pour être aux côtés de son frère. Le départ forcé de la famille royale aux Tuileries ; l'épouvantable et interminable convoi d'émeutiers, précédé d'une avant-garde portant au bout des piques les têtes san- glantes des gardes massacrés, et encerclant le carrosse du Roi ; le passage devant les terrasses de Montreuil sous les regards consternés des serviteurs ; un dernier regard, un dernier adieu. Elisabeth de France, fidèle à son Roi, fidèle à sa foi, part vers son martyr. Un ange à l’échafaud Après cinq ans d'emprisonne- ment et un simulacre de procès, Madame Elisabeth est condam- née à mort. Le 10 mai 1794, elle monte dans la charrette qui la conduit de la Conciergerie à la Place de la Révolution. La foule est silencieuse, consternée. Elisabeth est digne et sereine, réconfortant ses compagnons d'infortune. Le docteur Dassy, de Montreuil, rencontre le cortège, reconnaît Elisabeth, s'enfuit bou- leversé : « J'ai reçu le coup de la mort, dit-il à sa femme, je viens de rencontrer et de reconnaître dans une charrette un ange allant à l'échafaud ». Saisi pendant ces années de Terreur, le domaine de Montreuil fut vendu en 1802 et passa entre les mains de nombreux proprié- taires aux XIXème et XXème siè- cles avant d'être acheté par le Conseil Général des Yvelines en 1983. Ouvert du printemps au début de l'automne, le parc reste un lieu de promenade empreint de sérénité qui donne au visiteur l'impression d'un ailleurs paisible baigné de verdure. Quant à la maison, ouverte seulement lors des Journées du Patrimoine, l'om- bre de Madame Elisabeth semble encore l'habiter.
“Porchefontaine, Mon Village”
6-7-N°11-People 6/04/08 18:37 Page 2 S aviez-vous que le domaine de Madame Elisabeth, ave- nue de Paris, avait appar- tenu à une femme de cœur exceptionnelle, respectée, admi- rée de ses pairs, aimée et vénérée des plus humbles. Sa bonté l'avait rendue si populaire que même Robespierre essaya de...
Source : Archives PDF VersaillesPlus
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