Le départ de nombreux franciliens pour la province à l’annonce du récent confinement rappelle un exode plus dramatique, celui de mai-juin 1940. Ve r s a i l l e s + N°128 - Sept 2020 18 HISTOIRE+ Somme et de l’Aisne, où nos armées s’installent sur des lignes naturelles que l’on veut croire inexpugnables. L’opinion, d’abord très troublée par ce que l’on a appris de la nouvelle tactique des chars et des avions, se rassure à la lecture des communiqués où l’on apprend que nos armées ont su s’adapter aux nouvelles méthodes, que l’ennemi est contenu, que la magnifique retraite de l’armée Blanchard, autorise tous les espoirs, et que l’ère des surprises est close. Nul, en tous cas, malgré le danger pressant, ne conçoit que Paris et Versailles puissent être sérieusement menacés, et malgré les départs individuels qui ne cessent guère, le calme se rétablit à la fin de mai ; la vie est normale. Du 3 au 10 juin Deux événements viennent bientôt la troubler. Le 28 mai, la capitulation du roi des Belges apporte la consternation. Notre armée du Nord, découverte sur son flanc gauche, est obligée de retraiter sur Dunkerque. Le 3 juin, à 13h30, la région parisienne est soumise à une offensive de plusieurs centaines d’avions. A Versailles, le quartier des Chantiers est particulièrement visé. Deux bombes tombent, avec un sifflement sinistre, dans la rue des Réservoirs, où elles n’éclatent pas. Sept foyers d’incendie sont allumés à Versailles ; notamment à l’hôtel de M. Labeyrie, rue de Vergennes, dont la bibliothèque est détruite ; à la maison Courtois, rue des Etats-Généraux, à l’hôtel de Noailles, à l’immeuble en face, etc. Il n’y a heureusement pas de victime, et le service des pompiers, dirigé par le général Sutterlin, organisateur de la défense passive, s’active à la satisfaction de tous. Cependant, les villes voisines furent l’objet de plus violents bombardements. L’entrepôt général des industries pharmaceutiques, à Saint-Cyr, fut incendié. Des tonnes d’éther, et d’autres matières inflammables brûlent, des canalisations d’eau sont rompues, Le sénateur-maire Henry-Haye va à Saint-Cyr coordonner les services d’extinction, il échappe de justesse à l’explosion d’une bombe de gros calibre Un soldat est déchiqueté, le sapeur versaillais Trojain blessé, la moto - pompe mise hors d’usage, et l’ambulance municipale détruite. D’autres explosions à retardement se font entendre ensuite. Ce bombardement provoque une vive émotion. Une heure après l’attaque des avions allemands, on assiste déjà au départ d’autos matelassées. L’exode ne cessera plus dorénavant. Mais c’est encore une fuite limitée, par voiture ou par chemin de fer, sans panique. Chacun commente les événements, on se rassure bien vite, et les jeunes gens courent à la recherche des éclats et des carcasses de bombes. Tels en réunissent de véritables collections. Deux jours après, la bataille de France commence. Et dès lors commence aussi le recul le recul lent, mais continu. L’inquiétude grandit. Malgré tout, jusqu’au 9 juin inclus, malgré l’évacuation croissante, la vie reste normale. Les départs individuels continuent, provoqués surtout par le spectacle d’une nouvelle vague de réfugiés, de l’Oise, de l’Aisne. Au lycée, environ un tiers des élèves sont partis. Le 8 au soir, toutes les écoles primaires sont fermées ; le 9, les gares sont remplies d’une foule de plus en plus pressée, les trains sont multipliés, les départs se font en ordre. on raconte que les services publics s’en vont ; que les usines de défense nationale se replient ; les entreprises de toute espèce fuient Paris ; le 9, ils sont aux faubourgs de Rouen, le mouvement d’encerclement de Paris se dessine. Le 10 juin, la panique se déclenche brusquement. Du 10 au 14 juin (Journées de panique) Ce fut une sorte de folie collective, qui alla s’accentuant d’heure en heure. Les réfugiés venant de la ligne de feu, et qui avaient été repliées par ordre, mirent en circulation l’idée d’évacuation en masse des populations. Le bruit circule que dans une semaine, ou dans un jour, ou dans une heure, des camions viendraient enlever les Versaillais. Sans réfléchir au fait que Paris était déclarée ville ouverte, et que la banlieue, la grande banlieue même suivraient le sort de la capitale, on attendait on ne sait quoi, bataille, bombardement, ou bien évacuation. Il faut bien ajouter qu’aucun renseignement officiel ne permettait de préjuger des décisions prises relativement à Versailles, qui n’est tout de même pas Paris. En vain le Sénateur-Maire multipliait les démarches auprès du Préfet pour obtenir des précisions quant à l’évacuation possible de la population civile ; il ne pouvait enregistrer que la décision générale prise par le Gouvernement et par les autorités militaires de n’évacuer en aucun cas et sous aucun prétexte, malgré l’avance de l’ennemi, la population civile. De longs cortèges se dirigeaient vers la Mairie pour demander des moyens de transport et des lieux de refuge. On demande, et on menace. Des incidents multiples contribuent à semer la panique. Une compagnie de sapeurs- pompiers de Beauvais, en subsistance à Versailles, quitte la ville malgré les ordres formels du Sénateur-Maire, confirmés par un ordre écrit du Préfet. Des gendarmes sont lancés à la poursuite des fuyards ; rejoints à Orsay, les pompiers sont ramenés « manu militari ». Cependant les trains sont pris d’assaut, et des masses de colis Le sénateur-maire Henry-Haye Ve r s a i l l e s + N°128 - Sept 2020 19 HISTOIRE+ qui s’empilent sur les quais ne pourront être embarqués. Le mardi 12, les trains sont raréfiés puis supprimés, et les gares fermées, pendant que des foules attendent encore. M. Henry-Haye fait ouvrir d’autorité le la gare des Chantiers pour y abriter des centaines de familles livrées aux averses orageuses et aux éclats de la D.C.A., car le ciel n’est guère moins agité que la terre. « Tous ceux qui ont une voiture sont partis » On apprend bientôt la carence de plusieurs services publics, les Pompes funèbres, la Compagnie des vidanges, les éboueurs. L’adjoint chargé par la Préfecture du ravitaillement de Seine et Oise a disparu. Tout se désorganise. Et les innombrables Versaillais qui ont préparé leurs paquets en vue d’une évacuation qu’ils ont espérée contre toute espérance, commencent à s’évacuer d’eux- mêmes - tous ceux qui ont une voiture sont partis ; il n’y a plus d’autos de louage, à quelque prix que ce soit. Sans réfléchir aux dangers de la route, on se met à partir à pied avec des voitures à bras, des brouettes, des poussettes, des véhicules les plus extraordinaires. On voit des femmes partir en pantoufles, avec plusieurs enfants ; on voit des vieillards sur des brouettes ; l’hôpital se peuple de personnes âgées que leurs familles confient à ses soins avant leur départ. En vain le Sénateur-Maire essaye d’arrêter le flot. Il réunit les employés municipaux, leur ordonne de rester. Il réunit les pompiers, leur interdit de partir ; des affiches multipliées interdisent les départs. Rien n’y fait. Dans la nuit du 12 au 13, la Police d’Etat s’en va. Ce départ provoque une panique des employés municipaux, dont une partie s’enfuit. Le 13, M. Henry-Haye va à Paris et demande au général Denz, gouverneur, des renforts de police pour assurer l’ordre ; on lui promet cinq pelotons de gardes mobiles qui ne viendront d’ailleurs pas. Pendant ce temps, la Gendarmerie se replie. Le général de Chomereau, commandant d’armes, fait savoir qu’il partira dans la nuit. Le Préfet fait ses préparatifs. Malgré les efforts du général Sutterlin, qui passe la plus grande partie de son temps à retenir les fuyards, la compagnie des sapeurs- pompiers se sauve en emmenant le matériel, sous les ordres de son capitaine, qui a préalablement fait le plein d’essence, par réquisition irrégulière en ville. L’affolement est à son comble - depuis deux jours des nuages de fumée noire traînent dans le ciel ; on dit que ce sont des fumigènes développés par les Allemands pour masquer leur mouvement. Le soir du 13, on entend au Nord le bruit des mitrailleuses ; on devine l’ennemi aux portes ; et quand la nuit commence à tomber, un immense panache de fumée noire qui a son origine à l’horizon du N.-N.-E. s’éclaire de la lueur flamboyante d’incendies gigantesques. La panique est à son comble. Les routes sont encombrées de foule. Les bruits les plus invraisemblables circulent. On dit que le Maire a fui, qu’il est en prison, qu’il est fusillé. Il n’a cessé de rester à son poste ou d’aller là où son devoir l’appelait ; il est entouré de quelques collaborateurs restés fidèles. Le lendemain matin 14, un régiment de Marocains se retire en bon ordre à travers Versailles, à 7h30. Ce sont ceux qui avaient combattu la nuit à Bougival, et arrêté l’ennemi qui dut faire un détour au Nord, ce qui explique qu’il entra à Versailles par l’avenue de Paris. A 9h50, le vendredi 14 juin, les premiers éléments motorisés allemands arrivaient à l’Hôtel de Ville. Le capitaine von Wedemeyer fut reçu à l’Hôtel de Ville par le Maire, entouré de l’intendant Cornet, du général Sutterlin, du docteur Roussille, du capitaine Mazzi et de M.Humblet, le nouveau secrétaire général de l’Hôtel de ville. Dès lors, une page nouvelle de l’histoire versaillaise commence, celle de l’occupation. Marie-Louise Jouve Mercier Source : le journal de guerre de M. Charmollaux, conseiller municipal et professeur au lycée Hoche Ve r s a i l l e s + N°128 - Sept 2020 20 HISTOIRE+ Unis et Solidaires ou sur www.avenirsantemutuelle.fr Medhi Badou, « Remix » et « Le Grand Bazar » sur M6 de Baya Kasmi. En 2018 Il reçoit le prix de la meilleure interprétation masculine au festival du film européen pour « Zaïna » de Laure Desmazières, Djemel a joué de très beaux rôles dans de très beaux films, ainsi dans « Loin des hommes », « les Revenants », « Mon Roi », « le Nom des hommes », « les Cowboys », « la Lutte des classes » pour ne citer que ceux-là. Leïla Bekhti, Lyes Salem, Alban Ivanov et bien d’autres témoignent de leur profonde tristesse. Un exemple A la question : comment avez-vous fait pour réussir à travailler dans ce milieu artistique si éloigné du votre, il répondait : le secret c’est d’être sincère, de ne jamais rien lâcher, ne jamais abandonner même si l’argent manque parfois pour se nourrir. Adolescent, élève au collège Pierre de Nolhac il refuse l’orientation vers la mécanique, et grâce à des rencontres et des hasards réussi à jouer au théâtre et à assouvir son amour des beaux textes. Djemel nous dit aussi avoir toujours refusé de jouer « les bougnouls de service ou les terroristes », alors espérons que son chemin soit un exemple et donne espoir à ceux qui rêvent sans trop y croire…Une très belle et rare personne s’en est allée. Véronique Ithurbide Interview de Djemel Barek et de son ami Alban Ivanov a retrouver sur TV78 émission VYP Djemel Barek a toujours vécu à Versailles, fidèle à son quartier d’enfance, Bernard de Jussieu. Très impliqué il donnera aux enfants de façon bénévole des cours de théâtre. Ensuite il est remplacé mais restera toujours disponible pour un coup de main, jouer un rôle dans un court métrage ou autre. Il a aussi entraîné les jeunes de l’équipe de foot. A Jussieu, il était pour beaucoup le « grand frère » ou « l’oncle », aimé et respecté, son autorité naturelle, sa bienveillance, son attention aux autres, ses conseils, sa générosité vont laisser un grand vide. Et c’était avant tout le père de deux enfants adolescents qu’il adorait. L’acteur et humoriste Alban Ivanov, issu lui aussi de Jussieu, se souvient de ses conseils pertinents quant à son désir d’entrer dans la profession. L’acteur Djemel Barek a derrière lui une longue carrière démarrée dans les années quatre-vingt, il compte une soixantaine de films à son actif. Il débute au théâtre notamment avec Robert Hossein puis Ariane Mouchkine. Ensuite suivront de nombreux rôles au cinéma, à la télévision et dans maintes séries, les plus récentes : « Candice Renoir », Djemel Barek incarne le père du brigadier-chef
Quittèrent Versailles
Le départ de nombreux franciliens pour la province à l’annonce du récent confinement rappelle un exode plus dramatique, celui de mai-juin 1940. Ve r s a i l l e s + N°128 - Sept 2020 18 HISTOIRE+ Somme et de l’Aisne, où nos armées s’installent sur des lignes naturelles que l’on veut croire...
Source : Archives PDF VersaillesPlus
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