Il y a des faits divers qui n'en sont pas. Ou plutôt, qui cessent de l'être à partir du moment où ils se répètent avec une régularité de métronome. À Montigny-le-Bretonneux, dans les Yvelines, une conductrice a choisi — car c'est bien un choix — de ne pas s'arrêter lors d'un contrôle de police. La suite est prévisible : une collision avec le véhicule des forces de l'ordre, un bilan matériel, des procédures, un tribunal un jour ou l'autre. Rideau. Sauf que non. **Le refus d'obtempérer, symptôme d'une fracture bien plus profonde** Reprenons depuis le début. Ce geste — refuser de s'arrêter face à des policiers qui en font l'injonction légale — n'est pas anodin. Ce n'est pas un oubli, pas un malentendu, pas une panique passagère. C'est, dans la grande majorité des cas, un déni d'autorité assumé, parfois cynique, souvent habitual. En France, les refus d'obtempérer ont explosé ces dernières années au point que les forces de l'ordre elles-mêmes ne parlent plus de cas isolés mais d'un phénomène structurel. Des milliers de cas recensés chaque année. Une progression à deux chiffres sur la dernière décennie. Autrement dit : ce qui se passait à Montigny-le-Bretonneux n'est pas une anomalie. C'est une illustration. **Quand l'État devient une option** Le problème, c'est que derrière chaque refus d'obtempérer se cache une conviction — consciente ou non — que l'autorité publique peut être contournée, ignorée, bousculée, sans que la sanction soit vraiment au rendez-vous. Et cette conviction, elle n'est pas née de rien. Elle s'est construite, patient, année après année, dans les failles d'un système judiciaire engorgé, dans les classements sans suite devenus presque normatifs pour les infractions de moyenne gravité, dans la lenteur d'une justice qui donne parfois l'impression que le temps efface les crimes plus sûrement que les tribunaux. En apparence, la loi existe. En réalité, son effectivité est souvent une question de chance, de territoire, de moyens disponibles. **La voiture de police dans le fossé, métaphore d'un État qui vacille** Il y a quelque chose d'emblématique, presque de symbolique — trop, diront certains, mais laissons-les à leur confort — dans cette image : une voiture de police percutée parce qu'une conductrice a décidé que les règles du jeu commun ne la concernaient pas. L'État, représenté par ses agents, se retrouve littéralement heurté par le refus d'une citoyenne de jouer le jeu de la société organisée. De Gaulle disait que l'autorité ne se partage pas. Ce qu'il n'avait peut-être pas anticipé, c'est qu'elle pouvait se nier — non par révolution, non par idéologie, mais par simple indifférence. **Les conséquences de second ordre qu'on refuse de regarder en face** Reste que les effets de chaîne de cette banalisation sont considérables. Premier effet : le danger physique pour les policiers, qui se retrouvent à gérer des situations de fuite à grande vitesse, avec les accidents que cela entraîne — pour eux, pour les fuyards, pour les tiers innocents qui se trouvent simplement là, au mauvais endroit. Deuxième effet : l'érosion progressive de la dissuasion. Si les automobilistes savent — ou croient savoir — que les conséquences d'un refus d'obtempérer sont supportables, le calcul coût-bénéfice pencherait presque en faveur de la fuite. Troisième effet, le plus insidieux : la démoralisation des forces de l'ordre elles-mêmes, confrontées à un sentiment d'impunité qu'elles ne peuvent que constater, rarement enrayer. **Le bon sens a un prix** La solution n'est pas mystérieuse, elle est simplement coûteuse — politiquement, budgétairement, électoralement. Elle passe par une justice plus rapide, des peines plus certaines, des moyens humains et techniques à la hauteur. Pas des discours sur la fermeté, pas des effets d'annonce recyclés à chaque fait divers médiatisé. Des résultats concrets, mesurables, visibles. En attendant, à Montigny-le-Bretonneux comme ailleurs, les voitures de police continuent de ramasser les éclats d'un pacte social qui se fissure à chaque carrefour ignoré.
Refus d'obtempérer : ce que l'accident de Montigny-le-Bretonneux révèle d'une société qui déraille
Une automobiliste qui écrase l'accélérateur plutôt que de s'arrêter, et c'est une voiture de police qui finit dans le décor. Le fait divers est banal, presque routinier. C'est précisément là que réside le problème.
Source : InfoNormandieLire l'article original
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