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Si Versailles m'était conté… Versailles vu par Frédéric Tiberghien
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Si Versailles m'était conté… Versailles vu par Frédéric Tiberghien

Conseiller d'Etat et auteur de « Versailles, le chantier de Louis XIV », Frédéric Tiberghien livre sa vision de la ville royale.

Frédéric Tiberghien3 juin 2026 à 16:483 vues📰 Archives N°1 • Janvier 2007

Avec ses 26 km2 de superficie et ses quartiers récents, qu'a conservé cette ville de l'ambition que nourrissait pour elle Louis XIV dans son ordre du 22 mai 1671 : rendre ce bourg le plus florissant et fréquenté qu'il se pourra ? Passé de 500 habitants au début du XVIIème à 25.000 en 1715 puis à 85.000 aujourd'hui, le vœu de Louis XIV quant à sa fréquentation est largement exaucé : il suffit de contempler les hordes de touristes qui s'y déversent chaque jour, attirés par sa renommée planétaire. Quant à son caractère florissant, le revenu moyen de ses habitants était lors du dernier recensement de l'INSEE au-dessus de la moyenne départementale, elle-même supérieure de 38 % à la moyenne nationale. Dès l'origine Saint Simon critique le site, mal choisi en raison des puanteurs que dégagent ses marécages et de son absence de vue. Avant lui pourtant, l'académicien Christian Huygens vantait en 1666 la vue de ce beau lieu et le bon air qu'on y respirait ! Et si l'originalité de la ville depuis ses origines tenait à la diversité de l'air qu'on y respire et aux perspectives qu'elle impose ? L'atmosphère qui la baigne n'est pas la même pour toutes les sensibilités et le parfum qui s'en dégage est tout en nuances, longues et denses. Nos contemporains savourent les délices de la ville bourgeoise et provinciale, l'anti-Paris, cette rivale agitée et polluée. D'autres captent avec gourmandise les derniers effluves vaporeux de l'ancienne société aristocratique qui a perdu son roi le 6 octobre 1789. Le citoyen de la République tressaille quant à lui en croyant entendre dans ses rues l'écho du serment du jeu de Paume qui a fait de la nature de la Constitution l'enjeu politique majeur de notre pays. Mais cette République mal assurée ne respire pas d'aise en territoire royal : le Congrès, qui y a fait deux républiques et de nombreux présidents, y modifie désormais à un rythme effréné notre loi fondamentale en se dérobant à la vue du public dans l'ancienne aile des princes. L'on y sent aussi en note mineure les relents de la ville de gouvernement, non plus celle des Bourbons figée dans le grand sommeil de ses maisons, mais celle des Versaillais qui écrasèrent dans le sang le peuple de la Commune de Paris. Quant aux perspectives, trois points de vue s'imposent, encore et toujours. Celui qui se révèle de la butte de Picardie que Louis XIV fit araser pour permettre au voyageur venant de Paris de découvrir les merveilles de sa ville. Le deuxième s'offre de la terrasse du château : une trouée de plusieurs kilomètres à travers le parc dans un site artificiel aménagé à grand peine avec de simples seaux et des pelles. Le troisième impose de se retourner lorsqu'on a gravi la pente qui mène à la cour de marbre. De ce point le plus haut et de là seulement se révèle en surplomb l'orchestration de la ville moderne, avec son plan, ses larges avenues rectilignes et plantées d'arbres, ses alignements, ses lotissements, ses servitudes d'urbanisme, ses édifices publics… Ces trois perspectives, voulues par le roi, relient par un fil invisible la ville, le château et le parc selon un ordonnancement auquel personne ne peut se soustraire. Aucune autre n'a d'ailleurs été ouverte depuis, contrairement à ce qui s'est passé à Paris au XIXe et XXe siècle. Car quant à la vue, Louis le Grand l'avait plus longue et plus aiguisée que Louis de Rouvroy. « VERSAILLES, LE CHANTIER DE LOUIS XIV » est disponible chez Perrin et vient de sortir en « poche » pour 9 €.

Source : Archives VersaillesPlus - VN1.pdf

Article extrait des archives VersaillesPlus (N°1 - Janvier 2007).

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