Devenez Ami sur Facebook @journal Versailles Plus Un message commercial ? publicite@versaillesplus.fr Une information à la rédaction ? redaction@versaillesplus.fr En guise d’édito, la rédaction a décidé de publier le post de Ségoléne Janneau-Galfione, propriétaire du magasin Bruce Field, rue de la Paroisse, témoignage poignant et hélas réaliste de la situation actuelle de nos commerces sur Versailles Ve r s a i l l e s + N°131 - Décembre 2020 Le château de Versailles fait tout pour résister à la tempête du « coronavirus ». L’administrateur général du château de Versailles Thierry Gausseron répond à nos questions dans une tempête mondiale qui n’épargne personne dans le monde culturel. Sale temps pour la culture et sale temps pour nos musées - qu’ils soient privés ou d’État -. On pourrait ici parodier la maîtresse de Louis XV qui lui faisait remarquer alors que son café refroidissait : « Hep la France ! Ton patrimoine fout le camp ! » En effet, c’est un tsunami qui ébranle partout le monde culturel. Petit rappel salutaire qui commence à faire froid dans le dos dans l’indifférence quasi générale, comme le rappelle fort justement un article de la journaliste Agathe Hakoun de Connaissance des Arts, qui met en perspective des années noires semblant se profiler durablement. En effet, face à la crise économique, les musées vendent leurs œuvres pour survivre un peu partout dans le monde : par exemple le Brooklyn Museum vend douze de ses œuvres dont un Lucas Cranach l’ Ancien de 1526…du Royal Opera House de Londres au Brooklin museum de New-York en passant par le Cleveland Museum of Art, ce phénomène semble s’accélérer de plus en plus devant une crise financière qui semble devoir encore perdurer. Qu’ils s’agissent de pièces dormant dans des réserves et donc très rarement exposées ou bien de pièces jugées moins pertinentes…. De plus en plus de musées font feu de tout bois pour survivre à la crise actuelle et c’est surtout vrai pour les institutions américaines et anglaises (mais tout le monde sait bien que l’on finit toujours avec retard par imiter le monde anglo-saxon, soyons honnêtes) C’est ainsi que l’on retrouve aux enchères en fin d’année chez Christie’s des dizaines d’œuvres dont des Lucas Cranach l ancien, des Camille Corot, des Donato de Bardi ou des Gustave Courbet. Selon les conservateurs de ces institutions privées (c’est important comme distinguo), ces ventes n’affaibliraient en rien les collections. Mais quand on regarde sur l’ensemble des Etats Unis, la grande braderie semble se généraliser : un kilim athénien de 490 avant JC, d’un Henri Matisse, un Raoul Dufy, un Jules Pascin, des Picasso …. Quant à la Grande Bretagne ce n’est guère mieux : le Royal Opera House de Londres vend le portrait de son ancien directeur, portrait réalisé en 1971 par David Hockney estimé entre 12 et 20 millions d’euros. Se séparer d’œuvres permettrait le maintien des salaires et de diversifier les collections – notamment pour acquérir – dans la mouvance des revendications du mouvement Black Mater, des œuvres d’ artistes noirs. C’est dans cette optique que le Baltimore Museum of Art rassemble grâce à ses ventes l’équivalent de 47 millions d’Euros en vendant une Cène de 1966 d’Andy Warhol ou le Museum of art of Syracuse qui a vendu un Jason Pollock pour onze millions d euros. Il faut dire aussi que les Américains possèdent la possibilité du deaccessioning c’est-à-dire le retrait permanent d’une œuvre d’art d’un musée pour payer soit son personnel soit pour acquérir de nouvelles œuvres : en avril 2020, l’ association of Un nouveau défi pour le château © Christian Milet 4 DOSSIER + artmuseum directors avait d’ailleurs annoncé publiquement par communiqué un assouplissement encore plus grand des règles afin de pouvoir (officiellement) payer régulièrement les dépenses liées à l’entretien des collections. Alors faudrait-il craindre la vente d’un Hyacinthe Rigaud de la part du Château de Versailles pour payer son millier de salariés ? En fait, non car heureusement – sauf cas extrêmement rare de déclassification d’une œuvre, les biens mobiliers des musées nationaux sont protégés comme étant réputés inaliénables… Certes on peut les prêter - les mettre en dépôt- pour une durée précise comme pour le Louvre d’ Abu-Dhabi mais l’œuvre reste propriété du musée français in fine. D’autre part, il est vrai que certaines pièces du mobilier national peuvent être vendues, comme récemment sur demande de Madame Macron pour des œuvres charitables …Mais les biens du château de Versailles ne risquent pas du jour au lendemain de se voir retrouver sur le marché de l’art. Thierry Gausseron, l’administrateur du château depuis 2012, bras droit de la Présidente Catherine Pegard, ne balaye pas d’un revers de main la possibilité éventuelle de vendre (mais sous quelle forme ?) des copies anciennes de la statuaire très dégradée : on pourrait penser à une des statues de Latone qui se voit régulièrement remplacée tant l’œuvre souffre du fait de sa composition en résine et poussière de marbre qui résiste mal aux intempéries (après tout il y a déjà dans la salle à manger au Restaurant la Petite Venise – des anciennes écuries Louis Philippe - une copie de l’enlèvement de Proserpine…) De toute manière, le problème ne se pose pas pour le navire amiral des monuments français public d’État (en concurrence perpétuelle avec le Musée du Louvre : 9 millions de visiteurs pour l’un et un peu plus de 8 millions pour l’autre selon les années…) Puisque le Ministère de la Culture a débloqué un peu plus de 80 millions d’euros sur deux années permettant au château d’avoir l’exercice 2019/2020 et 2020/2021 a peu près assuré (et en ayant reçu de surcroit la visite in situ de la Ministre de la Culture Roseline Bachelot le mois dernier à l’Opéra royal) l’avenir semble provisoirement assuré. Mais il reste en effet, comme le reconnaît Thierry Gausseron l’épineux problème du changement de paradigme quant au financement régulier du monument par les touristes. Il rappelle en effet que l’essentiel des revenus proviennent des visiteurs du continent asiatique – soit près de 80% - et que l’augmentation à l’heure actuelle des visiteurs franciliens ne compense pas en terme de « panier » la masse des dépenses liées a un séjour à Versailles de touristes asiatiques. Même topo d’ailleurs avec l’Opéra Royal du Château qui aligne une année noire : une de ses principales mécènes et Présidente de l’ADOR est décédée cet été, les recettes des Grandes Eaux et des Jardins musicaux se sont écroulées, et les mesures de confinement liées au fermetures de lieux de spectacle ont compromis la saison 2020 et 2021. Or c’est le seul opéra de France autonome et libre de toutes subventions publiques comme le rappelle son Directeur Laurent Brunner. Bref j’ai rencontré un administrateur général très conscient de ce qu’est une réalité économique sur laquelle on a peu de prise : il reconnait avoir des idées, des pistes comme augmenter le nombre des licences avec la marque du Château, permettre aux cavaliers et loueurs de chevaux de profiter des pourtours du Grand Canal, faciliter les tournages de films ou d’émissions thématiques au Château (comme l’émission de Stéphane Bern pour le réveillon de la Saint Sylvestre), renégocier ou augmenter le nombre de concessions à l’intérieur du domaine, permettre sous certaines conditions des journées costumées grand public comme à Vaux le Vicomte, créer des parcours thématiques comme « les arbres remarquables » du Domaine, augmenter le nombre de salles ouvertes au public et ce surtout en période de vacances scolaires, organiser plus d’expositions thématiques et créer plus souvent des événements … mais on sent l’homme blessé et soucieux de se retrouver dans une situation pareille. Les contraintes sont fortes et le château est loin d’être une PME avec son millier de salariés. Marc André Venès le Morvan 5 DOSSIER + Ve r s a i l l e s + N°131 - Décembre 2020 Poésies et salon du livre en mai 2021
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Source : Archives PDF VersaillesPlus
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