mardi 20 octobre 2026

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Versailles : une juge bâtisseuse de paix à la tête d'un tribunal en quête de sens
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Versailles : une juge bâtisseuse de paix à la tête d'un tribunal en quête de sens

Myriam Bendaoud prend la présidence du tribunal judiciaire de Versailles avec une conviction rare dans un monde judiciaire sous tension : le juge n'est pas qu'un arbitre, il est un pacificateur. Une ambition qui dit beaucoup sur l'état de notre Justice.

Jean-Baptiste Giraud7 septembre 2026 à 19:318 vues

Il y a des nominations qui passent inaperçues, noyées dans le flux des décrets et des communiqués officiels. Et puis il y en a d'autres qui méritent qu'on s'y arrête — non par égard pour le protocole, mais parce qu'elles posent, en creux, des questions qui dépassent largement le cadre d'un palais de justice. Myriam Bendaoud vient donc de prendre la tête du tribunal judiciaire de Versailles, l'une des juridictions les plus chargées de France, couvrant un ressort qui cumule les dossiers de droit des affaires, les litiges familiaux, les contentieux civils d'un territoire dense et socialement contrasté. Ce n'est pas un poste de tout repos. C'est même, pour dire les choses clairement, un poste où l'on use ses semelles — et parfois sa santé. **La paix, d'abord** Ce qui frappe d'emblée dans le discours de la nouvelle présidente, c'est la formule qu'elle choisit pour définir sa conception du métier : la mission pacificatrice du juge. L'expression mérite qu'on s'y attarde, tant elle tranche avec le vocabulaire guerrier qui domine ordinairement la sphère judiciaire — les procédures comme des batailles, les audiences comme des affrontements, les jugements comme des victoires ou des défaites. Dire que le juge est un pacificateur, c'est rappeler quelque chose d'essentiel et de souvent oublié : la Justice n'a pas pour vocation première de trancher, mais de rétablir. Rétablir un équilibre rompu, une relation brisée, un droit bafoué. C'est là toute la différence entre une justice mécanique — distributrice de sanctions — et une justice vivante, qui se préoccupe de ce qui vient après le jugement. **Reprenons : qu'est-ce que cela implique concrètement ?** Une juridiction comme Versailles, c'est des milliers d'affaires par an. Des divorces, des successions, des contentieux commerciaux, des affaires pénales. Dans cet océan de dossiers, la tentation est grande — et compréhensible — de traiter les dossiers comme des tickets à composter. Entrant, traité, clôturé. La machine tourne, les délais se raccourcissent sur le papier, et tout le monde se félicite dans les statistiques ministérielles. Mais la réalité économique et humaine de la Justice, c'est que derrière chaque dossier, il y a des gens. Des gens qui attendent, qui souffrent, qui ont parfois tout misé sur une audience. Et une décision rendue trop vite, ou trop sèchement, ou sans que les parties aient eu le sentiment d'être entendues, c'est une décision qui génère de nouveaux conflits. Appel. Cassation. Réexamen. Autrement dit : des années de procédure supplémentaires pour l'État, et des années de supplice pour les justiciables. **La contradiction centrale du système** Le problème, c'est que l'ambition pacificatrice se heurte frontalement à la réalité des moyens. La Justice française est chroniquement sous-dotée — c'est un fait documenté, répété, et régulièrement ignoré. La France consacre à son système judiciaire environ 70 euros par habitant et par an, contre plus de 100 euros en Allemagne ou en Espagne. Le résultat, on le connaît : des juges surchargés, des greffes à bout de souffle, des délais qui s'étirent parfois sur plusieurs années pour des affaires pourtant simples en apparence. Dans ce contexte, prôner la mission pacificatrice du juge, c'est bien. Mais c'est aussi, d'une certaine façon, demander à un pompier d'éteindre des incendies avec un arrosoir. La volonté ne suffit pas quand les structures font défaut. **Ce que cette nomination dit de notre époque** Reste que la symbolique de ce positionnement compte. À Versailles — ville chargée d'histoire, berceau d'un certain art de la diplomatie et du compromis entre puissances —, installer une présidente de tribunal qui se réclame explicitement de la paix plutôt que de la guerre judiciaire, c'est envoyer un signal. Faible, peut-être. Mais signal quand même. Notre société est en effet traversée par une judiciarisation croissante de tous les conflits. On ne négocie plus, on assigne. On ne dialogue plus, on attaque. Chaque désaccord devient un contentieux potentiel, chaque tort supposé une action en justice. Les cabinets d'avocats prospèrent, les rôles d'audience s'allongent, et le lien social se défait dans les prétoires. En ce sens, revendiquer la dimension pacificatrice de la fonction judiciaire, c'est presque un acte de résistance culturelle. C'est rappeler que le droit n'est pas une arme, mais un outil. Que le tribunal n'est pas un champ de bataille, mais un espace de régulation. **Le défi qui l'attend** Myriam Bendaoud arrive donc avec un idéal clair. La question — et c'est là que se jouera réellement son mandat — est de savoir si elle aura les leviers pour le traduire en actes. Développer la médiation judiciaire, encourager les modes alternatifs de règlement des conflits, insuffler une culture de l'apaisement dans une maison où l'urgence permanente décourage souvent toute réflexion de fond : voilà le vrai programme. Ce n'est pas spectaculaire. Ça ne fait pas les gros titres. Mais c'est infiniment plus utile, à long terme, que d'inaugurer des réformes en fanfare qui s'éteignent faute de moyens ou de conviction. La Justice, comme la démocratie, se construit dans la durée et dans le détail. Et parfois, c'est une présidente de tribunal qui, par sa vision, rappelle à tout un système ce pour quoi il a été conçu.

Source : Journal Spécial des SociétésLire l'article original

Article issu de la veille automatisée.

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