mardi 20 octobre 2026

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Versailles : une nouvelle présidente pour un tribunal sous pression
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Versailles : une nouvelle présidente pour un tribunal sous pression

Myriam Bendaoud prend la tête du tribunal judiciaire de Versailles, l'une des juridictions les plus chargées de France. Derrière la nomination, une ambition affichée : réconcilier les Français avec leur justice. Mais entre idéal pacificateur et réalité d'une institution à bout de souffle, la distanc

Jean-Baptiste Giraud7 septembre 2026 à 12:517 vues

Il y a dans toute prise de fonction judiciaire un moment solennel, presque théâtral, où les grands principes sont proclamés et où l'institution se rappelle à elle-même ce qu'elle est censée incarner. Myriam Bendaoud, nouvellement installée à la présidence du tribunal judiciaire de Versailles, n'a pas dérogé à la règle. Elle l'a dit avec conviction : la mission pacificatrice du juge lui est chère. On ne peut qu'approuver l'intention. Reste à mesurer ce qu'elle vaut face aux murs. ## Versailles, un tribunal qui n'est pas un symbole comme les autres Versailles, c'est d'abord un nom lourd d'histoire. Le palais, les traités, la monarchie absolue, puis la IIIe République qui y siégea après la Commune — autant de couches sédimentées de pouvoir et de décision collective. Le tribunal judiciaire, lui, traite d'autres affaires : litiges de voisinage, divorces contentieux, escroqueries, violences conjugales, affaires commerciales complexes. Rien de royal dans le quotidien des prétoires. Mais la charge symbolique du lieu impose, d'une certaine façon, une hauteur de vue. C'est précisément ce que semble vouloir incarner Myriam Bendaoud. Magistrate de carrière, elle arrive avec un bagage solide et une conviction que l'on sent sincère : le juge n'est pas seulement un arbitre, il est un artisan du lien social. En apparence, c'est une belle formule. En réalité, c'est une vision exigeante, presque contre-culturelle dans un système judiciaire français que des décennies de sous-investissement ont transformé en machine à traiter des flux — au détriment du sens. ## La pacification, oui. Mais avec quels moyens ? Le problème, c'est que la « mission pacificatrice » dont parle la nouvelle présidente se heurte à une réalité arithmétique brutale. La justice française figure parmi les moins bien dotées d'Europe en proportion de son PIB. Les délais de traitement s'étirent, les greffes sont sous tension, les magistrats épuisés. Pacifier les conflits suppose du temps, de l'attention, des audiences où l'on peut réellement entendre les parties — pas expédier vingt dossiers à l'heure comme dans un tribunal transformé en gare de triage. On ne bâtit pas la paix sociale avec des cautères sur des jambes de bois. La conciliation, la médiation, l'écoute — toutes ces vertus judiciaires que Bendaoud appelle de ses vœux — sont des pratiques chronophages, qui supposent des juridictions dimensionnées pour les accueillir. Or le tribunal de Versailles, comme beaucoup d'autres, gère un ressort démographique en expansion constante — celui des Yvelines et des Hauts-de-Seine — sans que les effectifs aient suivi la même courbe. ## Un signal néanmoins positif Mais reprenons. Il serait injuste de réduire cette nomination à une injonction contradictoire. Ce que dit Myriam Bendaoud a aussi une vertu pédagogique rare dans un corps judiciaire parfois trop enclin au repli sur lui-même : elle rappelle publiquement que le juge n'est pas hors-sol, qu'il n'est pas là pour appliquer mécaniquement des textes, mais pour rendre une justice qui ait du sens pour ceux qui la subissent — ou qui en attendent quelque chose. C'est une vision qui tranche avec la culture du chiffre qui s'est imposée dans les juridictions depuis les années 2000, sous l'effet des réformes managériales appliquées — parfois aveuglément — à l'institution judiciaire. Juger vite n'est pas juger bien. Et une justice expéditive fabrique de la défiance, pas de la paix. ## Ce que révèle cette prise de parole Au fond, ce qui est notable dans les premiers mots de la présidente Bendaoud, c'est moins la nouveauté du propos que le fait de l'assumer publiquement, dans une institution qui n'a pas l'habitude de commenter sa propre philosophie. Les présidents de tribunaux, en France, sont rarement des figures publiques. Ils administrent, ils organisent, ils rendent des comptes à leur hiérarchie — mais ils parlent peu. Choisir d'afficher d'emblée une conception du rôle du juge — pacificatrice, humaine, attachée au lien social — c'est poser un marqueur. C'est dire aux justiciables du ressort de Versailles : ici, on essaiera de ne pas vous traiter comme des numéros de dossier. C'est aussi, peut-être, un message adressé aux équipes internes, aux greffiers, aux magistrats du siège, pour qui la pression quantitative est devenue, depuis longtemps, la norme écrasante. ## L'institution a besoin de cap, pas seulement de gestion La justice française souffre de plusieurs maux simultanés : manque de moyens, complexité législative croissante, judiciarisation accélérée de la société, perte de confiance des citoyens. Aucune nomination, aussi symbolique soit-elle, ne résout ces problèmes structurels. Mais une présidente qui pose comme première priorité la dimension humaine de la fonction juridictionnelle envoie un signal qui compte. Reste que les signaux ne suffisent pas. Ce dont le tribunal judiciaire de Versailles — comme ceux de Lyon, de Marseille, de Bordeaux — a besoin, c'est de postes, de locaux, de greffiers formés, et d'une réforme de la carte judiciaire digne de ce nom. Sans cela, la mission pacificatrice restera ce qu'elle risque de devenir si l'on n'y prend garde : une belle intention engloutie par le quotidien d'une institution qui court après elle-même. Myriam Bendaoud le sait sûrement. La lucidité, dans sa fonction, sera sa première arme.

Source : Journal Spécial des SociétésLire l'article original

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