« Un journal, un de plus, pour quoi faire ? » La question figure dans le premier éditorial de VersaillesPlus, en avril 2007. Elle est formulée sans détour, avec cette franchise un peu abrupte qui signale qu'on ne cherche pas à séduire tout le monde — seulement ceux qui méritent d'être convaincus.
Le constat de départ est simple, et juste. Versailles dispose déjà, en 2007, d'une offre médiatique apparemment abondante : les grands hebdomadaires nationaux font leur numéro spécial Versailles deux fois par an, avec le regard légèrement condescendant du Parisien qui s'aventure en province royale. Le journal municipal, lui, remplit consciencieusement son rôle — communiquer sur l'action de l'équipe en place, transformer chaque décision administrative en succès retentissant. L'hebdomadaire régional, enfin, dilue Versailles dans un territoire plus vaste, entre Rambouillet et Saint-Germain-en-Laye.
Ce que personne ne fait, c'est parler de Versailles à hauteur d'homme. Raconter ses parkings inondés, ses sectes discrètes, ses calèches bannies du parc, ses vignes de château et ses commerçants sinistrés. Donner deux pages à l'histoire — parce que vivre dans une ville gorgée d'Histoire avec un grand H sans jamais l'explorer, c'est habiter une maison sans jamais en pousser les portes. Accorder deux pages à l'économie — parce que Versailles n'est pas qu'un château et des touristes, mais des milliers d'entreprises dont personne ne parle.
L'ambition est modeste dans sa forme — un mensuel gratuit, un format accessible, une ligne éditoriale sans prétention à l'universalité. Elle est exigeante dans son principe : l'information de service, concrète, vérifiée, utile, au service des habitants d'une ville qui mérite mieux que d'être résumée à ses dorures.
Dix-huit ans ont passé. La question du premier éditorial reste entière : à quoi sert un journal local quand tout le monde a un smartphone et accès à l'information mondiale en temps réel ? La réponse n'a pas changé : à ancrer, à contextualiser, à raconter ce que l'algorithme ne verra jamais parce que ça ne fait pas assez de clics. Un parking inondé rue Sainte-Famille, c'est invisible à l'échelle nationale. C'est capital pour celui dont la voiture était au fond.





