Il y a des week-ends qui ressemblent à des bilans. Pas des bilans comptables — ceux-là, on en a suffisamment —, mais des bilans de civilisation. Des moments où un territoire montre, en quarante-huit heures, tout ce qu'il contient : la tradition et la transgression, la nature sauvage et la culture populaire, le patrimoine millénaire et la fête d'une nuit. Ce week-end, les Yvelines sont de ceux-là. ## L'île des Impressionnistes s'emballe Commençons par l'incongruité la plus délicieuse. Sur l'Île des Impressionnistes, à Chatou — là même où Renoir peignit *Le Déjeuner des canotiers*, ce tableau qui sent la guinguette et le vin blanc —, une rave s'installe. Sous-bois, berges de Seine, ciel d'automne : le décor n'aurait pas déplu à Monet, même si les basses auraient probablement fait tomber son chapeau. Ce n'est pas une provocation gratuite. C'est, en réalité, la preuve que les territoires vivants savent réinventer leurs propres lieux symboliques. Chatou n'est pas un musée. C'est un espace habité, et un espace habité se réinvente. La rave sur l'île des Impressionnistes, c'est Renoir qui passe le micro à la génération suivante. On peut trouver ça iconoclaste. On peut aussi trouver ça sain. ## Versailles, toujours Versailles Mais reprenons. À quelques kilomètres de là, Versailles fait ce qu'elle fait mieux que quiconque : être Versailles. Les feux d'artifice illumineront ce week-end les jardins du Roi-Soleil, dans une mise en scène qui n'a pas changé dans son principe depuis trois siècles et demi. Louis XIV avait compris avant tout le monde que le spectacle est une forme de politique. La preuve : on en parle encore. Il y a quelque chose de vertigineux dans le fait qu'un feu d'artifice à Versailles fasse toujours autant d'effet. Pas parce que c'est beau — c'est beau, certes —, mais parce que le cadre transforme le spectacle. Les grandes gerbes de lumière au-dessus du Grand Canal ne sont pas des feux d'artifice ordinaires : ce sont des feux d'artifice *versaillais*, c'est-à-dire des feux d'artifice qui portent le poids de l'histoire sur leurs étincelles. C'est à la fois magnifique et légèrement écrasant. ## Le brame, ou la leçon de la forêt En réalité, l'événement le plus singulier de ce week-end n'est ni électronique ni royal. Il est forestier. En forêt de Rambouillet, le cerf brame. C'est-à-dire que le mâle, en pleine période de rut, pousse ce cri guttural, sourd, presque préhistorique, qui traverse les arbres et vous saisit aux tripes avant même que vous ayez compris ce qui se passe. Le brame du cerf, c'est quelque chose que l'on ne peut ni acheter ni organiser. Ce n'est pas un spectacle, c'est un fait naturel. Et c'est précisément pour cela qu'il vaut le déplacement. Dans un monde qui sur-programme tout, qui transforme chaque expérience en produit marketable, entendre un cerf bramer dans les frondaisons de Rambouillet à l'aube, c'est une forme discrète de résistance. Le problème, c'est que beaucoup trop de gens ignorent encore que cette forêt est à leur porte. Rambouillet est à quarante minutes de Paris, et pourtant elle reste, dans l'imaginaire collectif, un lieu lointain, presque inaccessible. C'est une des grandes absurdités de notre rapport au territoire : nous cherchons la nature à mille kilomètres quand elle attend, à quarante minutes, que nous venions enfin la voir. ## Onze sorties, un seul territoire Au-delà de ces trois temps forts, dix autres propositions jalonnent le week-end yvelinois. Marchés, expositions, randonnées, concerts, animations patrimoniales : le département déploie une palette qui dément — une fois de plus — l'idée reçue selon laquelle la banlieue parisienne serait un territoire sans âme, réduit à ses échangeurs d'autoroute et à ses zones commerciales. Autrement dit : les Yvelines ne sont pas seulement un espace de transit entre Paris et la province. C'est un territoire qui produit, qui crée, qui anime. Un territoire qui abrite à la fois le château le plus visité de France, l'une des forêts les plus vastes d'Île-de-France et des scènes culturelles en constante ébullition. Reste que tout cela ne se voit pas tout seul. Il faut y aller. Ce week-end est une occasion aussi bonne qu'une autre — probablement meilleure que la plupart — pour le faire.
Yvelines : ce week-end, la vie reprend ses droits entre forêts, feux et sons électroniques
Une rave sur les rives impressionnistes de Chatou, des feux d'artifice au-dessus des toits de Versailles, le brame solennel du cerf en forêt de Rambouillet : les Yvelines offrent ce week-end un concentré saisissant de ce que le territoire a de plus vivant, de plus contrasté, de plus imprévisible. On
Source : jds.frLire l'article original
Article issu de la veille automatisée.




