Il y a, dans la politique française, une figure aussi ancienne que la République elle-même : le tribun. Celui qui parle fort, qui empoigne les foules, qui se présente comme le porte-voix des sans-voix. Jean-Luc Mélenchon en est, sans conteste, le représentant le plus accompli de cette génération. Mais Molière, justement, avait un mot pour désigner ceux qui confondent la vertu proclamée avec la vertu pratiquée. Ce mot, c'est Tartuffe. Arnaud Péricard, maire Horizons de Saint-Germain-en-Laye, ne s'est pas embarrassé de circonlocutions. Après le dernier discours fleuve du leader de La France Insoumise, il a tranché : « J'y ai vu une tartuferie. » Trois mots. Un diagnostic. Et, derrière cette formule, une question que beaucoup se posent sans oser la formuler : à quel moment le grand discours devient-il du grand théâtre ? **La rhétorique comme substitut au réel** Reprenons. Mélenchon, il faut lui reconnaître ce talent, maîtrise la langue française avec une virtuosité rare dans le paysage politique actuel. Là où ses contemporains bafouillent des éléments de langage, lui construit des périodes, cite Jaurès, convoque l'histoire, projette une vision. C'est, en apparence, du sérieux. En réalité, c'est souvent du prestidigitation. Car le problème du tribun, c'est précisément qu'il vit de la parole comme d'autres vivent du capital : en faisant fructifier ce qu'il possède sans jamais vraiment produire. On promet la rupture avec le système, mais on en utilise chaque rouage — les médias, les institutions, les tribunes parlementaires — avec une maestria qui force l'admiration. On dénonce la République bourgeoise depuis son appartement du IVe arrondissement de Paris. On pourfend les élites tout en formant, depuis trente ans, une nouvelle caste politique parfaitement imperméable à la réalité des gens ordinaires. **Saint-Germain-en-Laye, poste d'observation improbable** Qu'un maire de Saint-Germain-en-Laye — ville bourgeoise, château royal, forêt emblématique — soit celui qui dégaine la critique, voilà qui prêtera à sourire chez les partisans de La France Insoumise. « Encore un notable qui défend l'ordre établi », dira-t-on. C'est précisément ce réflexe qu'il faut démonter. Péricard, élu de terrain, connaît une réalité que les discours de tribune ignorent superbement : gérer une ville, c'est arbitrer entre des contraintes qui n'ont rien d'idéologique. C'est la dette, les services publics locaux à financer avec des dotations de l'État qui ne cessent de fondre, les habitants qui veulent des résultats, pas des envolées. Autrement dit, c'est l'exact opposé du discours melenchoniste, qui prospère précisément là où la réalité de l'exercice du pouvoir est la plus lointaine. **La tartuferie, un concept politique opératoire** Mais revenons à ce mot : tartuferie. Il ne s'agit pas d'une simple attaque ad hominem. C'est, si l'on y réfléchit, un concept politique d'une précision redoutable. Tartuffe, dans la pièce de Molière, n'est pas un imbécile. C'est un homme intelligent, éloquent, convaincant — et c'est précisément pour cela qu'il est dangereux. La bêtise se repère facilement. L'imposture habillée en vertu, beaucoup moins. Ce que Péricard pointe, c'est cette capacité à occuper la position morale la plus haute — défenseur du peuple, ennemi du capital, protecteur des humbles — tout en pratiquant une politique qui, examinée de près, ne changerait pas grand-chose aux mécanismes profonds de l'économie française. Promettre la démesure, c'est une façon efficace de ne jamais avoir à en rendre compte. **Ce que la France fait de ses tribuns** Reste une question plus profonde, qui dépasse Mélenchon lui-même. Pourquoi la France, plus que ses voisins européens, continue-t-elle de produire et de consommer des tribuns de cette espèce ? Pourquoi le grand discours y tient-il lieu, si souvent, de programme de gouvernement ? L'explication tient peut-être à notre histoire longue : une Révolution fondée sur la parole et l'idée, un centralisme jacobin qui a toujours valorisé le verbe sur l'action, une tradition républicaine où l'éloquence est, depuis Gambetta et Clemenceau, une forme de légitimité en soi. La France a toujours eu ses Danton. Elle a plus rarement ses Colbert. Le diagnostic, au fond, est simple. Dans un pays où la dette publique dépasse les 3 100 milliards d'euros, où la démographie vieillit, où le système de protection sociale repose sur un équilibre de plus en plus précaire, le tribun qui promet tout sans expliquer comment financer quoi que ce soit n'est pas seulement un illusionniste. Il est, d'une certaine façon, un facteur de risque. Parce que les mots, en politique, finissent toujours par rencontrer le réel. Et le réel, lui, ne se laisse pas convaincre par les belles phrases.
Mélenchon à la tribune : ce que le masque du tribun révèle de notre époque
Arnaud Péricard, maire Horizons de Saint-Germain-en-Laye, a qualifié de « tartuferie » le dernier grand discours de Jean-Luc Mélenchon. Derrière la passe d'armes entre élus locaux et leader de la gauche radicale, c'est toute la mécanique du tribun populiste qui mérite d'être démontée.
Source : Orange ActualitésLire l'article original
Article issu de la veille automatisée.





