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Mélenchon et le grand numéro de vertu : ce que le discours révèle de la politique-spectacle
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Mélenchon et le grand numéro de vertu : ce que le discours révèle de la politique-spectacle

Il y a des discours qui sonnent creux dès la première phrase. Arnaud Péricard, maire Horizons de Saint-Germain-en-Laye, n'a pas mâché ses mots : 'tartuferie'. Un seul mot, mais il pèse lourd. Car derrière la mise en scène tribunitienne de Jean-Luc Mélenchon, c'est toute la mécanique de la démagogie

Jean-Baptiste Giraud23 août 2026 à 22:212 vues

Il faut parfois qu'un élu de terrain, loin des plateaux parisiens et de leurs emballements médiatiques, prononce le mot que tout le monde pense tout bas. Arnaud Péricard, maire Horizons de Saint-Germain-en-Laye, a choisi 'tartuferie'. Pas 'désaccord', pas 'divergence de vue' — non : tartuferie. Molière lui-même aurait apprécié la précision. ## La vertu comme arme politique Reprenons. Jean-Luc Mélenchon n'est pas seulement un tribun, c'est un performeur. Depuis des décennies, il a compris une vérité que peu d'hommes politiques assument aussi franchement : dans une démocratie de l'émotion, celui qui maîtrise le registre moral écrase celui qui maîtrise les chiffres. Peu importe la cohérence du propos ; ce qui compte, c'est l'intensité du geste. C'est précisément ce que Péricard désigne sous le mot de Molière. La tartuferie, dans la pièce, ce n'est pas simplement le mensonge — c'est pire que ça : c'est la vertu exhibée comme bouclier, la grandiloquence morale brandie pour interdire toute critique. Tartuffe ne ment pas franchement ; il se drape dans l'onction, ce qui rend le démontage bien plus difficile. ## Le paradoxe Mélenchon Le problème, c'est que cette mécanique fonctionne. Elle fonctionne précisément parce qu'elle répond à une demande réelle : des millions de Français, épuisés par une mondialisation qui a brisé des solidarités anciennes, par une technocratie qui parle en sigles, par une classe dirigeante qui gère les crises sans jamais sembler les ressentir, ont besoin de quelqu'un qui crie à leur place. Mélenchon crie. Très fort. Et avec une conviction d'autant plus convaincante qu'elle semble, elle, totalement sincère. Mais la sincérité d'un acteur ne suffit pas à rendre une pièce vraie. Car en réalité, derrière le grand sermon populaire, les propositions économiques du chef de La France Insoumise dessinent un programme dont les effets de second ordre ont été soigneusement évités dans le discours. On parle de partage des richesses sans jamais expliquer comment on produit celles qu'on entend redistribuer. On dénonce la dette sans dire comment on financerait les dizaines de milliards de promesses supplémentaires. On fustige l'Europe mais on ne dit pas ce que coûterait le repli. ## Ce que révèle la réaction de Péricard Autrement dit, c'est le grand classique : le médecin qui promet la guérison sans prescrire le traitement, ou pire, en prescrivant le traitement qui aggrave la maladie tout en convainquant le patient qu'il va mieux. Que Péricard réagisse depuis Saint-Germain-en-Laye n'est pas anodin. Cette ville des Yvelines, riche, éduquée, profondément bourgeoise, incarne tout ce que Mélenchon prend plaisir à brocarder. Mais c'est aussi une ville qui gère : des budgets, des services publics locaux, des investissements. Un maire, quel que soit son bord, est confronté au principe de réalité chaque matin. Il sait ce que coûte une piscine municipale, ce que représente une masse salariale, ce qu'implique une décision d'urbanisme. Il sait que les mots ne financent rien. C'est peut-être pour cela que le mot 'tartuferie' lui est venu naturellement. Non par idéologie, mais par expérience. ## La politique-spectacle, symptôme d'un système à bout Reste que la vraie question n'est pas Mélenchon lui-même — les tribuns, la France en a produit à chaque époque de crise profonde, depuis Danton jusqu'à Poujade. La vraie question, c'est : pourquoi ce registre-là prend-il autant ? Pourquoi la tartuferie, pour reprendre le mot de Péricard, séduit-elle autant de citoyens par ailleurs lucides ? La réponse est inconfortable : parce que les partis de gouvernement ont eux-mêmes, pendant des décennies, pratiqué leur propre forme de tartuferie — promesse de croissance sans réforme, discours sur la dette sans réduction du déficit, appels à la responsabilité fiscale suivis de niches supplémentaires. En apparence, rigueur et sérieux. En réalité, gestion de la montre, report de l'échéance, fuite en avant. Lorsque les établis trichent, les rebelles prospèrent. C'est la loi d'airain de la politique démocratique. ## Diagnostic Alors oui, la tartuferie mélenchoniste est réelle, bien cernée, bien nommée. Mais elle pousse sur un terreau que ses adversaires ont eux-mêmes fertilisé. Ce n'est pas une raison de l'absoudre — un charlatan reste un charlatan, même si les médecins précédents ont mal soigné le malade. C'est une raison, en revanche, de comprendre que le remède ne viendra pas d'un simple coup de menton républicain. Il viendra du jour où la politique française retrouvera le courage de dire des vérités désagréables avec la même intensité que Mélenchon dit des mensonges séduisants. Ce jour-là, la tartuferie perdra son marché.

Source : Orange ActualitésLire l'article original

Article issu de la veille automatisée.

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