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Avril 2018 - N°107
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Avril 2018 - N°107

23 CULTURE Il a bercé notre enfance et celle de la plupart des peuples. Ses célèbres contes charment ou effrayent la fois, mais continuent d’être publiés avec le même succès, tandis qu’ils ont inspiré cinéastes et metteurs en scène. E t pourtant leur auteur, Charles Perrault, est mal connu. Ses...

Jean-Baptiste Giraud1 janvier 2015 à 00:006 vues

23 CULTURE Il a bercé notre enfance et celle de la plupart des peuples. Ses célèbres contes charment ou effrayent la fois, mais continuent d’être publiés avec le même succès, tandis qu’ils ont inspiré cinéastes et metteurs en scène. E t pourtant leur auteur, Charles Perrault, est mal connu. Ses portraits sont rares, une partie de ses écrits reste à redécouvrir. Les archives recèlent des documents le concernant qui n’avaient pas été exploités. Car, au fil du temps, il a été occulté par quelques grands ténors comme Racine ou Boileau qui tiennent toujours le haut du pavé dans les livres d’histoire. Patricia Bouchenot-Déchin a voulu percer ce mystère d’un homme dont l’influence sur chacun de nous, même si nous n’en avons pas toujours conscience, a été finalement plus forte que beaucoup de grands noms que nous a transmis la postérité. Pendant des années, elle a écumé tous les lieux où se réfugient la connaissance littéraire, pour aboutir au livre qu’elle offre aujourd’hui au public, la destinée du bras droit de Colbert qui a orchestré la gloire de Louis XIV et s’est illustré sur tous les fronts entre autres en tant que héraut des Modernes contre les Anciens. Un homme qui n’a pas signé ses Contes mais les a laissé paraître dans des circonstances étranges sous la signature de son fils. « Un homme qui n’a jamais cessé d’être baroque au cœur d’un siècle devenu classique » grâce à ses talents. Car Patricia a la passion de l’écriture et de l’enquête chevillée au corps depuis son enfance. Elle écrivait ses premiers romans alors qu’elle n’était pas encore adolescente et aimait raconter des histoires avec cet esprit ouvert sur le monde hérité d’une famille cosmopolite dispersée à travers le monde. Le destin a voulu qu’elle atterrisse à Versailles, au moment où elle découvrait les contes de la mère L’Oye, et suivait sa scolarité dans les institutions réputées de la ville, à Dudouit et à Hulst. Avant Sciences Po, la faculté de Droit, tout en gardant des relations étroites avec Versailles, dont elle devenait l’attachée parlementaire du député-maire Etienne Pinte pendant cinq ans. La préparation aux travaux de l’Assemblée nationale était aussi une ouverture sur les problèmes de la société, et développait son goût inné pour la recherche et la quête de solutions pour les innombrables problèmes qui se posent dans la vie politique. A côté des affaires contemporaines, il y avait l’Histoire, source de questionnement permanent, parce qu’elle est à l’origine des défis contemporains. Avec sur son piédestal, le Château qui l’a fascinée et dont elle a voulu explorer les labyrinthes et dévoiler au public certains de ses secrets mal connus. Elle a été chercheur associé au château de Versailles puis au Centre de Recherche pendant vingt ans. Elle a été appelée à participer à de nombreuses expositions ayant connu un grand renom comme celle sur les Sciences et Curiosités à la Cour dont elle a été responsable de la partie dédiée au multimédia ou encore celles sur les Splendeurs de la Cour de Saxe, intimement liée à ses origines, ou encore André Le Nôtre en perspectives dont elle a assuré un commissariat d’autant plus pertinent qu’elle apportait toute la nouveauté de ses recherches inédites et son goût pour la mise en scène. Commissariat d’expositions à Versailles mais aussi et entre autres à Monaco au moment du mariage du prince Albert, une autre façon de raconter l’histoire, en 3D, aime- t-elle à préciser, avec Fastes et splendeur des Cours en Europe au Grimaldi Forum où 800 œuvres d’art retraçaient les grands moments de l’histoire européenne dans une scénographie qui offrait au visiteur un voyage unique à travers le temps. Parallèlement sa fringale d’écriture la tourne vers le roman, comme « Au nom de la Reine » ou encore « L’Absente », avec un goût aussi pour les biographies concernant notamment La Montansier et Le Nôtre. Sa biographie consacrée à André Le Nôtre et l’ouvrage collectif qu’elle a dirigé ont remporté une dizaine de prix prestigieux tant en France qu’à l’étranger parmi lesquels le Prix d’Académie de l’Académie française. Et récemment, elle a eu la joie de voir représentée au théâtre de la ville La Montansier intime, interprétée par Catherine Salviat, sociétaire honoraire de la Comédie française, une pièce qu’elle a écrite pour cette occasion. Aujourd’hui, sa dernière biographie parue chez Fayard est consacré à Charles Perrault, dernier d’une fratrie aux multiples talents, cet homme inclassable, aux dons multiples et éclatants, qui a passé toute sa vie à se métamorphoser, tel un caméléon ou un Frégoli, s’apparentant selon Patricia Bouchenot- Déchin à un « Petit Poucet devenu tour à tour Chat botté, prince charmant et Barbe bleue ». Il avait su se rendre indispensable, avec le don d’anticiper tout ce que pouvait désirer le Roi, en suivant Colbert dans son ascension jusqu’à sa disgrâce, en utilisant ses dons exceptionnels pour s’occuper de tout et favoriser l’avènement de la monarchie absolue, capable de faire oublier les prédécesseurs du souverain parce qu’il avait senti en Louis XIV la personnalité d’exception qui « avait endossé l’habit taillé à sa mesure ». C’est un don pour la notoriété de Perrault d’avoir trouvé en Patricia Bouchenot Déchin une biographe de talent. Car le lecteur découvre entre eux une complicité certaine qui explique pourquoi celle-ci a percé l’âme de son auteur et mis à jour des secrets qui n’avaient pas été révélés jusqu’ici, en contribuant du même coup à une réhabilitation justifiée. Elle vient d’ailleurs d’obtenir un grand sujet de satisfaction puisque le fameux pastel disparu de l’auteur dessiné par son ami Charles Le Brun qui ouvre le riche cahier photos illustrant son ouvrage vient d’être préempté par le château de Versailles lors d’une vente chez Artcurial qui risquait de le voir tomber dans des mains privées ou étrangères. Ainsi le grand public aura à son tour l’émotion de le découvrir. Au total, un ouvrage que l’on dévore avec autant d’enthousiasme que l’on avait pu s’initier autrefois aux célèbres contes. En découvrant que l’enchanteur de notre enfance avait bien d’autres talents de séduction, révélés par la plume alerte, incisive et chaleureuse de Patricia Bouchenot-Déchin. Michel Garibal Perrault, Editions Fayard, 2018, 342 p., 18 illustrations, 21,90 €. Patricia Bouchenot Dechin : Perrault, l’inspirateur du Grand Siècle

Source : Archives PDF VersaillesPlus

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