Il y a des sélections qui se lisent comme un simple communiqué de presse. Et il y en a d'autres qui méritent qu'on s'y arrête, qu'on en retourne les noms comme on retourne une pièce pour en examiner les deux faces. Celle que la Fédération française d'athlétisme vient de valider pour les Championnats du monde de running 2026, à Copenhague, appartient clairement à la deuxième catégorie. Jimmy Gressier, Etienne Daguinos, Agathe Guillemot. Trois athlètes, trois profils, et derrière eux, une question que personne ne formule jamais assez clairement : l'athlétisme français est-il en train de se reconstruire sur des bases solides, ou s'agit-il encore d'une génération isolée, brillante mais fragile, portée par quelques individualités dans un désert institutionnel ? **Gressier, ou la permanence du talent** Jimmy Gressier n'est plus une promesse. Il est, depuis plusieurs saisons maintenant, une certitude — ce qui, en France, est presque une exception dans le demi-fond et le fond. Spécialiste du cross et des distances longues sur piste, il a prouvé qu'il pouvait tenir son rang face aux meilleurs Européens et mondiaux, dans des disciplines où la France a longtemps regardé les Kényans et les Éthiopiens avec la résignation du spectateur perpétuel. L'envoyer à Copenhague, c'est parier sur la continuité. C'est reconnaître qu'un talent qui dure vaut mieux que dix étincelles qui s'éteignent. En apparence, c'est une décision de bon sens. En réalité, c'est presque un acte politique dans un sport où les querelles de chapelle, les conflits d'ego entre entraîneurs et les logiques de réseau ont plus d'une fois torpillé des carrières prometteuses. **Daguinos, le pari de la progression** Etienne Daguinos, lui, c'est autre chose. C'est le pari sur la trajectoire ascendante, sur l'athlète qui n'a pas encore atteint son plafond et dont la présence à ce niveau mondial doit servir d'accélérateur autant que de validation. Il y a une logique pédagogique dans ce type de sélection que l'on oublie trop souvent : les grands championnats ne sont pas seulement des vitrines, ce sont des creusets. On n'en ressort jamais tout à fait comme on y est entré. Le problème, c'est que cette logique suppose un accompagnement. Un encadrement technique à la hauteur, une gestion de la pression médiatique et concurrentielle, une préparation qui ne soit pas bricolée à la va-vite entre deux réunions fédérales. Est-ce que les conditions sont réunies ? On veut le croire. **Guillemot, ou la renaissance du fond féminin français** Mais c'est peut-être Agathe Guillemot qui symbolise le mieux ce que cette sélection a d'historiquement intéressant. Le demi-fond féminin français a traversé des années de disette relative, coincé entre des performances honorables et une incapacité chronique à franchir le dernier palier vers les podiums mondiaux. Guillemot a changé quelque chose dans ce paysage. Elle a remis la France dans les conversations sérieuses. Sa présence à Copenhague n'est pas anecdotique. C'est le signe que le vivier existe, que les entraîneuses et entraîneurs qui travaillent dans l'ombre des grands stades font un travail qui finit par produire des athlètes capables de tenir leur rang au sommet. Autrement dit, c'est peut-être la sélection la plus significative des trois, précisément parce qu'elle est la moins attendue. **Ce que Copenhague dira de nous** Reste que les Championnats du monde de running 2026 ne seront pas une promenade de santé. Copenhague est une ville qui aime le sport, qui sait organiser des compétitions de haut niveau, et qui accueillera des délégations venues du monde entier avec une ambition que la France ferait bien de ne pas sous-estimer. Le vrai test ne sera pas seulement athlétique. Il sera aussi organisationnel, mental, collectif. Est-ce que la France sera capable de transformer trois belles individualités en une délégation qui pèse ? C'est là que se joue, en réalité, l'avenir de notre athlétisme de fond — non pas dans les communiqués de sélection, mais dans ce qui se passe entre le départ du premier coureur et l'arrivée du dernier. Les noms sont bons. Le reste appartient au travail.
Gressier, Daguinos, Guillemot : ce que l'athlétisme français envoie à Copenhague
Trois noms, trois trajectoires, un message. La France expédie à Copenhague pour les Championnats du monde de running 2026 une sélection qui dit quelque chose sur l'état réel de notre athlétisme — à condition de vouloir l'entendre.
Source : stadion.comLire l'article original
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